Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/9

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Et les éclats de rire & les chansons féroces
Mêlés aux beuglements lugubres des troupeaux,
Tels que le bruit des rocs secoués par les eaux,
Montaient jusques aux tours où, le poing sur leurs crosses,
Des vieillards regardaient, dans leurs robes de peaux ;

Spectres de qui la barbe, inondant leurs poitrines,
De son écume errante argentait leurs bras roux,
Immobiles, de lourds colliers de cuivre aux cous,
Et qui, d’en haut, dardaient, l’orgueil plein les narines,
Sur leur race des yeux profonds comme des trous.

Puis, quand tout, foule & bruit & poussière mouvante,
Eut disparu dans l’orbe immense des remparts,
L’abîme de la nuit laissa de toutes parts
Suinter la terreur vague & sourdre l’épouvante
En un rauque soupir sous le ciel morne épars.

Et le voyant sentit le poil de sa peau rude
Se hérisser tout droit en face de cela,
Car il connut, dans son esprit, que c’était là
La ville de l’angoisse & de la solitude,
Sépulcre de Qaïn au pays d’Hévila ;

Le lieu sombre où, saignant des pieds & des paupières,
Il dit à sa famille errante : — bâtissez
Ma tombe, car les temps de vivre sont passés.
Couchez-moi, libre & seul, sur un monceau de pierres ;
Le rôdeur veut dormir, il est las, c’est assez.

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