Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/299

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PAUL DE MUSSET

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A NINON

SONNET


Je vous ai raconté comment mon pauvre cœur,
Un matin, fut guéri d’une longue souffrance ;
Comment l’amour lassé, cachant l’indifférence,
D’une tendre amitié prit le masque trompeur.

Ce cœur si bien guéri tombe en votre puissance ;
Mais vous, douce Ninon, je vous aime sans peur,
Car dans notre amitié l’amour a pris naissance,
Comme un arbre greffé donne une double fleur.

Laissons d’autres s’aimer comme on se fait la guerre.
Ne craignons pas de suivre une marche contraire ;
Nous saurons nous guider en nous donnant la main.

Notre ivresse n’est pas une humeur passagère
L’un sur l’autre appuyés jusqu’à l’heure dernière.
Faisons de nos amours un jour sans lendemain.



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