Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/309

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L’ÉRINNYS D’UNE MÈRE

« Tu veux partir, ma fille ? et suivre malgré moi
Cet Étranger rusé, sans pudeur et sans foi ?
Pars, flUe impie ; et vous, ô terribles Déesses,
Nocturnes, aux cheveux de serpents, vengeresses !
Suivez—la sur la nef de l’Époux triomphant,
Furieuses et plus rapides que le vent !

Ô cité de Kadmos ! Thébè, chère patrie !
Je ne repose pas sous une herbe fleurie
Dans l’urne où sont les os consumés des Aïeux.
Malheureuse ! je vins mourir en d’autres lieux.
Au bord Ausonien, près de la mer salée,
Un tertre aride pèse à ma cendre exilée.
L’Érinnys d’une mère a causé ce malheur.
Mon front se couronnait de marjolaine en fleur ;
Aux bruits harmonieux du sistre et du crotale
S’avançaient les flambeaux de Hèrè conjugale ;
Et le brodequin jaune enfermait mon pied blanc,
Une ceinture d’or pressait mon jeune flanc ;
L’Epoux impatient, que la flûte convie,
Méditait dans son cœur Kypris, source de vie…
Mais, oh ! cessez vos chants : quels sont ces cris affreux ?
Les convives muets se regardent entre eux ;

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