Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/8

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LES BŒUFS

SONNET


Sous un ciel bas, d’un blanc triste, teinté de noir,
Qui prend l’aspect blafard et morne d’un cilice,
La rue étend au loin son pavé rond et lisse
Que l’averse a rendu luisant comme un miroir.

Quelques passants s’en vont, flanant sur le trottoir,
Sans voir ces condamnés qui marchent au supplice :
Des troupeaux de bœufs, dont le pied trébuche et glisse
Sur le chemin qui mène au sanglant abattoir.

Et dans les yeux rêveurs de ces bêtes superbes
Sont encor peints les clairs ruisseaux, les hautes herbes
Et les pommiers en fleur du gras pays normand.

La bave en fils d’argent tombe de leurs narines,
Et parfois l’un d’entre eux renifle longuement,
Comme au ressouvenir d’âcres senteurs marines.

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