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46 ’ LA MONADOLOGIE.

chaque autre ; car il n’y a jamais dans la nature deux êtres i qui soient parfaitement l’un comme l’autre, et où il ne soit possible dé trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque.

10. Je prends aussi pour accordé que tout être créé est sujet au changement, et par conséquent la Monade créée aussi, et même que ce changement est continuel dans chacune.

11. 11 s’ensuit de ce que nous venons de dire, que les

comme rond, carré, et d’autres qu’on peut nommer extérieurs, parce qu’ils sont pris de quelque chose qui n’est pas dans la substance, comme aimé, vu, dé- siré, qui sont des noms pris des actions d’autrui; et c’est ce qu’on appelle dans l’école dénomination externe. (Voy. part. lte, chap. n.)

10. Tout être créé est sujet au changement. — En vertu de son imperfection. La monade, selon Leibniz, en vertu de l’appétition qui est en elle, tend sans cesse à passer d’une perception à une autre. C’est cette tendance qui est la véritable cause du changement, et non les circonstances extérieures, et c’est pourquoi ce changement est continuel comme l’action d’un ressort. C’est aussi celle ten- dance qui constitue toute la réalité du mouvement, « carie corps n’est passeu- . letnent au moment actuel de son mouvement t’ans le lieu qui lui est mesuré, mais il fait effort pour changer-de lieu, de manière que l’état suivant soit par lui-même et par la force de la nature la conséquence du précédent; autrement, au moment actuel, et par conséquent, à un moment quelconque, le corps A, qui est mù par le corps B, ne différerait en rien d’un corps en repos... ; il en résulterait qu’il n’y fuirait plus aucune différence dans les corps, puisque dans le plein d’une masse uniforme par elle-même il ne peut y avoir d’autre diffé- rence que celle qui regarde le mouvement. Enfin, il en résulterait encore qu’il n’y a ntnolumcnt aucune variation dans les corps et qu’ils demeurent toujours dans le même état... Ce ne serait que par une dénomination extrinsèque qu’on dislinguerait une partie de matière d’une autre. » (De ipsa natura,èd. Janet. t. II, p. 503.) Ainsi le mouvement prouve le changement : en d’autres lermes,- le corps en mouvement, outre le changement de rapports avec ce qui l’entoure, change véritablement en lui-même, et Leibniz critique avec raisonna définition que Sturm donnait du mouvement ; « Le mouvement n’est que l’existence suc- cessive de la chose en différents lieux. » C’est en partant de celle fausse idée du mouvement que Zenon put soutenir que la flèche qui vole n’est pas en mou- vement. On voit donc que Leibniz est fondé à dire que le changement est conti- nuel dans chaque monade : le mouvement, qui est pour l’imagination la réa- lité et pour l’intelligence le symbole de ce changement interne incessant, est le caractère le plus frappant du monde extérieur où, comme disait Heraclite, u tout est dans un flux perpétuel. »

11. Principe interne. — Leibniz nous renvoie lui-même à deux paragraphes de In Théodicée, où l’action de ce Principe interne est mise dans son meilleur jour. « Je soutiens que toutes les Ames, Entéléchies ou Forces primitives, Formes substantielles, Substances simples ou Monades, de quelque nom qu’on les puisse appeler, ne sauraient naître naturellement ni périr. Et je ne conçois le» qualités ou les forces dérivatives, ou ce qu’on appelle formes accidentelles, comme les modifications de l’Enléléchie primitive; de même que les figures sont des modifications de la matière. C’est pourquoi ces modifications sont dan» un changement perpétuel, pendant que la substance simple demeure. » (Théod., § 390.) Il va sans dire que, par Ventéléchieprimitive, Leibniz désigne l’âme, la monade individuelle, et nou Dieu, la monade des monades : autrement, il fe- rait ici profession de panthéisme", ce qui est fort éloigné de. ses intentions. Il- ajoute un peu plus loin ; « J’avoue que l’âme ne saurait remuer les organes par une influence physique, car je crois que le corps doit avoir été formé do