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confluens de fleuves conservent leurs teintes différentes en coulant dans le même lit sans mêler leurs flots limoneux, azurés ou verdâtres, devait instinctivement répondre, ou être appliquée par lui, a quelque pensée d’un ordre purement intellectuel. Effectivement il en a été ainsi. Wagner a ménagé dès ses premiers opéras, mais décidément réservé dans Lohengrin, une autre palette pour ses principaux personnages. Plus on examine attentivement cette dernière partition, plus on s’apperçoit quelle intime relation il a établie entre son orchestre et son poëme ! Non-seulement il a, comme nous l’avons dit, personnifié dans ses mélodies les sentimens et les passions qu’il mettait enjeu, mais encore il a voulu que leurs contours fussent animés par des coloris assortis à leurs caractères, et en même temps que des rhythmes et des mélodies, il affecte des timbres propres aux personnages qu’il crée. Ainsi le motif d’abord dessiné dans la première introduction, mentionné par la suite chaque fois que le souvenir du St Graal est rappelé, ou développé comme au recit que Lohengrin fait à la fin en dévoilant son sublime mystère, est invariablement confié aux violons. Elsa est presque exclusivement accompagnée par les instrumens à vent, d’où jaillissent les plus heureux contrastes, dans les momens où ils succèdent aux cuivres. On en est surtout ému, lorsque dans la première scène un silence a suivi