Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/544

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cours d’Hercule, et de ces armes qu’on méprise aujourd’hui. Que nous feront alors tous ces vains discours ? »

Tâchant ainsi d intimider ses compagnons, il verse des larmes et souille ses cheveux de pous- sière. Mais les destins l’emportent Entraîné par le parti le plus fort, Jason cède, en cachant sous son manteau ses pleurs et son visage. Alors les regrets se réveillèrent plus vifs, quand chacun, placé à son banc, vit inoccupé l’énorme espace ou se tenait Hercule sur la dépouille du lion de JNémée. Le pieux Telamon redouble de larmes ; Philoctète est consterné ; Castor et Pollux con- fondent leurs gémissements. Tous, en quittant la rive, appellent Hercule, appellent Hylas ; vains noms qui se perdent sur l’immensité des flots.

C’était l’heure où le vieux Phorcys, rassem- blant au son d’une conque recourbée ses phoques difformes, les fait rentrer dans leurs sombres ca- vernes, et où les bergers de la Numidi’e, de la Crète et de la Calabre quittent les pâturages. La nuit arrive ; elle couvre de ses ombres les dernières côtes de l’Hespérie, et parsème le ciel d’étoiles. Dans les airs, sur les flots, tout est calme, tout se tait. Hercule ne sait où courir encore, ni comment rejoindre ses compagnons, ni que leur apprendre de la disparition d’Hylas ; son amour le dévore et l’empêche de quitter ces bois, leur solitude. Telle, privée de ses lionceaux, la lionne rentre dans son repaire, le quitte en- core, fait le guet le long des chemins, tient les hommes en éveil, et les épouvante au fond des cites : cependant la douleur contracte ses pau- pières, et de sa criuière souillée dégouttent des pleurs.


LIVRE IV.

Assez longtemps le père des dieux fut indifférent a ce spectacle. Touché enfin des pieuses amours de son fils, il accuse Junon, qui tremble aux accents de sa colère : « Voyez-la savourer en secret sa joie barbare ! Abandonné, furieux, Hercule est attaché à ces rivages solitaires, tan- dis que les Argonautes, n’y songeant déjà plus, voguent tranquillement en pleine mer. Est-ce ainsi que Junon, attentive aux intérêts de Jason, fournit à son héros des secours et des armes ? Il fera beau la voir tout à l’heure, éperdue, redouter les guerriers de la Scythie et souffrir mille angoisses ! Qu’elle vienne alors me prier, me supplier, verser des larmes : je ne le souffrirai pas. Va ; provoque Vénusetles Furies ; l’attentat d’une jeune fille ne sera pas impuni, et les gémissements d’Éétès ne resteront pas sans vengeance. »

Il dit, et sur le front d’Hercule errant çà et là, il verse une rosée mystérieuse, parfumée de nectar, et toute-puissante pour rendre le calme à son cœur, le sommeil à ses yeux. Pendant que ses paupières s’appesantissent, le nom d’Hylas sort toujours de sa bouche. Mais le héros n’a plus la force de résister à l’influence de Morphée ; il tombe. La forêt émue redevient silencieuse ; sur


Arma viri, nec nos tumida haec tum dicta juvabunt. Talibus,-Eacides socios terroribus urgens Illacriinal, multaque comas déformât arena. Fata traluint, raptusque virum certamine ductor Ibat, et obtenta mulcebat lumina palla. Hic vero ingenti repetuntur pcctora luctu, Utsocii sedere locis, nullieque leonis Exuvise, tantique vacant vestigia tianstri. Flet pins /Eacides ; mœrent Paeanlia corda, Ingemit etdulci frater cum Castore Pollitx. Omnis adhuc vocat Alciden, fugiente carina, Oninis Hylan, ruedio pereunlia Domina ponto. Dat procul interea toto pater requore signum Pborcys, et immanes intorto murice phocas Conlrahit antra pelens ; simul et Massylus, et una Lyctius, et Calabris redit armentarius arvis. tlicet exlrenii no litore Solis Iberas Condidit alta domos, et sidéra sustulit astris. Flaminaconticuere,jacet sine fluclibus œquor. Ampliitryoniades, nec qua ? nova lustra requirat, Nec quo tentet iter, comitis nec fala perempti Qua- référât, videl, aut socios qua mente révisât. Urit amor, solisque negat decedere silvis. Non aliter gemitu quondam leaprolis adempta ; Terga dédit ; sedet inde viis, inclusaque longo Pervigilant castella metn ; dolor attrahit orbes Interea, et misera nianat juba sordida luctu. LIBER IV. Atque ea non oculis divum pater amplius a-quis Sustinuit ; nalique pios miseralus amores, Jiinonem ardenti trepidam gravis increpat ira : Ut nova nuuc tacilo subpectoregaiidia tollunt ! Hasret inops, solisque furit Tirynthius oris. At comité immemores Minyœ facilesque relicto Alta tenent : sic Juno ducem fovet anxia curis .Esonium, sic arma viro sociosque ministrat. .I.iiii, quibus incertain bellis, Scythicaeqne paventem Gentis opes, quanta trepidam formidine cernam ! Tum precibus, tum me lacrymis et supplice dextra Attentare veto : rerum milii firma polestas. I, Fuiras Veneremque move ; dabit impia pœnas Vil go, nec.Eeta’ gemitus patiemur inultos. Dixil ; et arcauo redolentem nectare rorem, Quem pênes alta quies, liquidique potentia fonmi, Detulit, inque vagi libavit tempora nati. 111e, graves oculos, et Hylan resonantia semper Ora ferens, ut nulla deum superare potestos,