Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/547

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LES ARGONAUTIQUES, LIV. I

quelle que soit leur mère ? Oui, j’ai bien compris, Jupiter, quelle serait ta volonté constante, depuis le jour ou Diane perça injustement de ses flèches mon fils Orion, qui remplit aujourd’hui le Tartare. Que ton courage, Amycus, quêta naissance ne te rende pas trop présomp- « tueux ; ne t’aveugle pas davantage sur ce que — peut désormais ton père. Une autre puissance, « une volonté supérieure à la nôtre, celle de « Jupiter, l’emporte, et protège avant tout les ■< siens. Sans cela, déchaînant les tempêtes, i j’eusse essayé du moins de retenir ou d’éloigner " ce vaisseau : mais rien ne peut plus retarder " ta mort. Opprime donc, frère barbare, les rois l ’dont tu es le premier. » Et, détournant les yeux, il abandonne son fils et ses combats sinistres, et baigne le rivage de flots ensanglantés.

Jason ordonne d’abord d’explorer le pays, ses fleuves, le peuple qui l’habite. Ech ion pénétrait à peine dans l’intérieur, qu’il trouve au fond d’une vallée un jeune homme qui sanglottait a l’écart et pleurait la mort d’un ami. A l’aspect d’Echion mi s’avance, la tète couverte, comme Mercure son père, du casque d’Arcadie, et qui tient a la main un rameau, symbole de la paix : « Qui ’< que vous soyez, dit l’inconnu, fuyez, il en « est temps. » Échion stupéfait s’arrête, et l’étranger le pressant de plus en plus de fuir, il l’entraîne avec lui, et le force à s’expliquer devant ses eompaguons. Celui-ci, étendant la main : « Cette terre, dit-il, ô guerriers, ne vous « sera point hospitalière ; rien n’est sacré pour « ce peuple ; la mort et les luttes sanglantes sont « les hôtes de ces rivages. Amycus, dont la tête « orgueilleuse touche aux nues, va bientôt vous « provoquerai ! combat du ceste. Telle est envers « les étrangers la fureur toujours renaissante de « ce fou qui passe pour fils de Neptune ; il choi- « sit pour champions, comme des victimes in- « nocentes qu’on traîne a l’autel, des adversai- « res incapables de lui résister, afin de plonger « ses mains dans leur cervelle brisée. Réfléchis- « sez donc ; il est encore temps de fuir ; profitez- « en. Qui oserait entrer en lice avec un pareil « monstre ? qui seulement voudrait le voir ? »

« Es-tu, lui dit Jason, un des Bébryees ? et ton cœur est-il autre (car l’humanité est souvent le partage du vulgaire) que celui de leur roi ? Ou si tu es un étranger que le hasard a poussé sur ces côtes, comment le ceste d’Amycus ne t’a-t-il pas encore broyé la tête ? — J’avais, répond-il, un ami qui m’était cher au-dessus de tous les amis, Otrée, la gloire et l’honneur des siens, et que vous-mêmes n’eussiez pas dédaigné pour compagnon ; je le suivis, comme il allait en Phrygie demander la main d’Hésione. Forcé de se battre contre Amycus, ce fut moi-même qui attachai son ceste. Otrée était à peine en garde, qu’Amvcus, de sa main foudroyante, lui fracassa le ci âne et fit voler sa cervelle. Pour moi, qu’il jugea indigne de ses armes, indigne de mourir, et qu’il laissa me consumer dans les larmes et dans le chagrin, je n’ai plus qu’un espoir :

Usque adeone meam, quacumque ab origine, prolem 120 Tristia fata marient ? sic te olim pergere sensi, Jupiter, injustœ quando mihi virginis armis Comïdit inl’elix, et mine Chaos implet Orion. Nec tibi nunc virlns, aut det fiducia nostri, Nate, animos, opibusque ultra ne crede paternis. 123 Jamjam aliœ vires, majoraque sanguine nostro Vincunt fata Jovis, potior cui cura suoium est. Atque adeo, neque ego liane motis avei tere venlis Tentavi, tenuive ratem : nec jam mora morli Hinc erit ulla tuae. Reges preme.dure, secundos. t. 10 Abstulit inde oculos, natumque et tristia linquens Pra ? lia, sanguineo terras pater alluit aestu. Piincipio tluvios, gentemque, et litoi a ductor Explorarejubet ; paullumqueegressus Echion, Invenit obscura gemitus in valle tralientem 135 Clam juvenem, et cœsi mœrentem nomen amici. llle, virum ut contra venienlem, umbrataque vidit Tempora Parrhasio patris de more galero, Pacil’erœque manu nequidquam insignia virga ? , Heu luge, ait,ceilo,quicumque es, perdite, passu, liû Duin datur. Obstupuit visu N’onacria proies, Q’iid ferat, admirans. Postquam remeare monentein Ocius, et dictis perslantem cernit in isdem ; Abripit, et sociis, quœsint ea, promere cogit. llle maniim tendens : Non haec, ait, hospita vobis Terra, viii ; non liic ullos reverentia ritus Pectora : mors habitat, sa ? vaeque boc litore pugnae. Jam véniel diros Amycus qui tullere ca-stus Imperet, et vasto qui vertice nubila pulset. Talis in adveclos Neptuni crédita proies .ïtcrntim furit, atque œqua ; virtutis egentes, Ceu superum segnes ad iniqua altaria tauros, Constituât, tandem ut misera lavet arma cerebro. Consulite, atque fugœ médium ne temnite tempus. >’.,uii]iie isli frustra quisnam concurrere monstro Audeat, et qua ? nam talem vidisse voluptas ? Ductor ad hœc : Bebryxne venis, diversaque régi Corda gerens (melior vulgi nam saepe voluntas) ? Hostis an externis fato delatus aboris ? El tua cur Amycus csestu nondum obruit ora ? Nomen, ait, pracdulce mihi, nomenque sequulus Otreos unanimi ; decus ille et Iseta suorum Gloria, nec vestros cornes aspernandus in actus, Hesionam et Pbrygia ; peteret quum gaudia nuptae, Hic Amycum contra jussus stetit, alque ego palmas Implicui ; sed prima procul vixdumora levantis Fulminea fronlem dextra, disjeelaque fudit Lamina, me numquam leto dignatus el armis ; Sed lacrimis potins luctuque absumor inerti.