Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/559

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l’Asie, l’Euxin figure les contours de l’arc des Scythes. Au-dessus de lui planent sans cesse des nuages noirs qui l’éclairent d’un jour dou- teux, et ses glaces ne fondent, ni au premier soleil du printemps, ni quand cet astre rend les nuits égales aux jours, mais seulement quand il quitte le signe du Taureau.

Déjà les Argonautes abordent au pays des Mariandyniens. Le léger Echion part pour le reconnaître, et pour demander au roi qu’il per- mette à des guerriers l’élite de la Thessalie, et dont les noms ne lui sont peut-être pas inconnus, de se reposer sur ses rivages. Lycus, charmé de cette nouvelle, vient au-devant des Argonautes, les conduit tous avec leur chef dans son palais récemment décoré des trophées conquis sur les Behryces, et leur adresse ces paroles affectueuses : « Non, ce n’est pas le hasard, ce sont les dieux « eux-mêmes qui vous amènent ici, vous, comme « moi,ennemisacharnésdes Bébryces,et, comme « moi, vainqueurs de ces barbares. C’est le gage i d’amitié le plus sûr, qu’un ennemi commun. « Moi qui n’habite pas une contrée si lointaine que « la vôtre, j’ai senti plus vivement les coups « d’Amycus ; sous son gantelet sanglant mon « frère a mordu la poussière et lorsque, respi- « rant la vengeance, j’accourais, j’attaquais « les Bébryces avec toutes mes forces, vous vo- « guiez déjà loin de leurs rivages. Je l’ai vu, ce « barbare, encore tout souillé de fange et de « sang, et tel qu’un monstre des mers, étendu <> sur l’arène. Loin de regretter que l’honneur de « son trépas m’ait été ravi, j’eusse été moins « joyeux de l’immoler moi-même sur le champ « de bataille, que de l’y voir déchiré par le ceste, « et mort victime de son odieuse loi. »

« C’étaient donc vos feux, dit Jason, c’était « votre armée que je vis du milieu des flots ? « Voici, ajouta-t-il en lui montrant le fils de Ju- " piter, voici Pollux, le vengeur des crimes « d’Amycus. » Et le roi, stupéfait, le parcourait des yeux tout entier. Ils se rassemblent ensuite dans le palais ; puis, dans un festin solennel, ils remercient les dieux qui furent leurs communs protecteurs, qui leur permirent de triompher de laBébrycie et d’en partager les dépouilles.


LIVRE V.

Le jour suivant fut un jour de deuil pour les Argonautes. Idmon d’Argos, qui sentait approcher sa dernière neure, tomba malade et mourut. Ja- son alors reconnaît trop bien la vérité des prédic- tions de Phinée ; il craint après ce malheur d’en avoir d’autres a déplorer. 11 rend a Idmon les devoirs funèbres ; il lui consacre un manteau brodé avec un art merveilleux, qu’il tenait du roi des Dolions. Lycus donne la terre ou doivent reposer ses cendres, et Mopsus détache, en pleu- rant, ses armes appendues au mât du vaisseau. Les uns coupent le bois dans la foret, et le dépo- sent sur l’autel ; d’autres entourent de bandelet- tes et de branches de peuplier la tète de l’augure et mettent le corps sur un lit de parade. Ce jour


Aut campo jacet, aut tumido riget ardua flnetu, Atqiie liac Europam curvis aufractibus angit, Hac Asiam, Scytiiicum specie sinuatus in arcum. Illic umbrosae semper stantsequore nubes, Et non certad.ies ; primo nec sole profundiim Solvilur, aut vernis quum lux aequata lenebris, Sed redit extremo tandem in sualitora Tauro. Jam MariaiKlynisadvertitpuppis arenis, Atque celer terras regemque exquirit Ecliion, Dicta fereus : lectos fama est si nominis unquam Hsemonii subiisse viros, det litora fessis. Approperat Lycus audilis laetatus Admis, Ac simul /Esoniden, omnenique in regia turbam Tecta trahit, modo Bebryciis praefixa tropaeis ; Mitis et in mediis eflatur talia Graiis : Haud temereest : fato div’tim reor ad mea vectos Litora vos.odium quihus atque eadem ira furenlis Bebryciae, saevaque pares de génie triumplii. Certa rides animis, idem quibns incidit hostis. Nos quoque, nos Amycum, tanto procul orbe remoli, Sensimus, et soevis frater mini fusus arenis. Dltor ego, atque illuc cunctisacceiisus in armis Tune aderam, quum vos mediis contenta ferebant Vêla frelis : illuni in sanietaboque recenti Tjdimus aequoreo similem per litora monstro.

»c vero prœrepta mibi suprema lyranni Fata qiieror, bellove magis laetarer et armis Procubuisse meis, quam lege quod < >rt ï. 1 i t ulliis Ipse.sua, meritoque madentquod sanguine « estas. Excipit jEsonides : Tous ergo in monlibiis ignis Ille ? tuas aries medio de gurgite vidi ? Fatur, et ostentans proleni Jovis : Hic tilii Pollux En, ait, inviso solvit cui pectore peenas. Ille virum circa miranlia himina volvit. Festa deliinc mediis ineunt couvivia tectis, Communesqne vocantsuperos, quorum erutanutu Bebrycia, et votis pariler praedaque fruuntur. LIBER V. Altéra lux liaud Ireta viris emersit Olympo : Argolicus morbis fatisque rapacibus Idmon Labitur, i-vtremi sibi tum non inscius aevi. At inemor ^Esonides nimium jam vera loquuti Phineos, liinc alios rapto pavet Idmone luctus. Tumcomiti pia justa tulit, caelataque multa Arte Dolionii douât velamina régis ; Hospes liumum sedemque Lycus : liens arma revellit Idmonis e celsa Mopsus rate : robora c.vduiit Pars sylvis, portantquearae ; pars auguris allia