Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/601

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nel. Mais bientôt il naît des hommes par milliers ; Jason n’y peut suffire, pas plus qu’Hercule n’eût suffi à abattre les tètes de l’hydre, sans le conseil que lui donna Minerve.

Il recourt encore aux enchantements pro- tecteurs de Médée, et détache la gourmette de son casque. Cependant il hésite ; seul il voudrait combattre toute cette armée. Vaine ambition ! Les guerriers se pressent en foule sous les éten- dards de leurs chefs ; leurs cris, leurs clairons retentissent. Objet de leur commune haine, Ja- son est aussi l’unique but de leurs coups ; et son cœur se troublant à l’aspect d’un si grand péril, il jette au milieu des ennemis le casque infecté par Médée du venin de la Discorde, et dont la jeune fille arma son front pour ce fatal moment. Les lances se retournent soudain. Pareils aux Phrygiens ou aux prêtres mutilés de Bellone, qui, tous les ans, se déchirent les uns les autres avec une rageinsensée, les guerriers, cédant à la fureur que leur souffle Médée, se frappent et s’entre- tuent misérablement. Chacun d’eux croit immoler le héros ; tous sont en proie à la même illusion. Plongé dans la stupeur, Eétès veut en vain les calmer, les rappeler à eux-mêmes ; ils tombent tous à la fois ; aucun d’eux ne survit, et leur ber- ceau devient tout à coup leur tombe.

Jason court aussitôt plonger dans le fleuve ses armes ensanglantées. Tel, souillé de la poussière des plaines de la Gétie, Mars entre dans l’Hèbre avec ses chevaux dont la sueur échauffe les eaux du fleuve, ou tel un noir Cyclope se précipite hors des antres où il a forgé la foudre, et va se rafraîchir dans la mer de Sicile. Jason rejoint les siens, qui l’embrassent transportés de joie, il ne daigne plus rappeler au perfide Eétès sa promesse ; il refuserait même de se réconcilier avec lui, dût-il en recevoir la toison. Ils se séparent, tous deux sombres, tous deux menaçants.


LIVRE VIII.

Cependant Médée tremblait dans son appartement. Agitée par les remords, elle croyait entendre partout autour d’elle les menaces de son père irrité. Déjà l’infortunée ne craignait plus les flots ; nul pays déjà ne lui semble trop éloigné : elle est prête à fuir sur toute mer, à monter sur tout vaisseau. Elle baise pour la dernière fois ses bandelettes virginales, la couche qu’elle va quitter, s’arrache les cheveux, se meurtrit la figure, et, penchée sur son lit encore froissé par son dernier sommeil, elle exhale en ces mots sa douleur : — vous, père d’une fille fugitive, si du moins, Eétes, vous lui donniez un dernier embrassement ; si vous voyiez ses larmes ! Croyez-moi, mou père, il ne m’est pas plus cher que vous, le mortel que je vais suivre. Puissent les flots m’englontir avec lui ! Daignent les dieux vous conserver longtemps et le sceptre et la vie ; et que vos autres enfants ne me ressemblent pas ! »

Elle dit ; et tirant de leur réduit empoisonné ces


Sufiîcit, ad dirae quam quum Tiryuthius bydrae Agmina Palladios defessus respicit ignés. Ergo iterum ad sodas convertere Colchidos artes, Et galeae nexus ac vincula dissipât imae ; Cunctaturque tamen, tolique occurrere bello Ipse cupit ; spes nulla datur, sic uudique densant Terrigenœ jam signa duces, clamorque, tubaeque. Jamque omnes odere virum, jamque omnia contra Tela volant ; tum vero amens discrimine tanto, Quam modo Tartarco galeam Medea veneno Infectam dederat, ususque armarat in illos, In inedios torsit : conversa ; prolinus hastae. Qualis ubi attouitos mœstae Pbrygas annua Matris Ira, velexsectos lacérât Bellona comatos : Haud secus accensas subito Medea cohortes lmplicat, et miseras agit in sua pra’lia fratres. Omnis ihi yEsoniden sterni putat ; omnibus ira Talis erat. Stupet <Eetes, ultroque furentes Ipse viros revocare cupit : sed cuncta jacebant Agmina ; nec quisquam primus ruit, aut super ullus Linquitur : alque liausit subito sua rimera lellus. Protinus in fluvium fumantibus evol.it annis jEsonides : qualis Getico de pulvere Mavors Intrat equis, uritque gravem sudoi ibus Hebrum ; Aut nigcr ex antris rutilique a fulminis aestii Quum fufit, et Siculo respiiat in aequoreCyclops. Redditus liic tandem, sociosque amplexns ovantes. Haud jam mendacem promissa reposcere regem Dignatur ; nec, si ipse sihi terga ingérât ultro

it, velil in pacem dextramque reverti

Amplius : ambo truces, ambo abscessere minantes.


LIBER VIII.

Attrepidam in thalamis et jam sua facta paventem Colcliida ( irca omnes pariter furiœque minaeque Patris habent ; nec c.erulei timor aequoris ultra, Nec miseras terra ulla procul ; quascumque per undas Ferre (ugam, quameumque cupit jam scandere puppim. 5 Ultima Tirgineis lune flens dédit oscula vitlis, Quosque l’ugit, complexa toros, crinemque genasque Ante perantiqui carpsit vesligia somni, Atquehscc impresso gemuit miseranda cubili : O mihi si profugae genitor nunc ille supremos 10 Amplexns,.Eeta.dares, fletusque videres Ecce meos ! necrede, pater ; non cariorille est, Quemsequimur ; tumidis utinam simul obruar undis ! Tu, precor, bœclonga placidus mox sceptra senecta Tuta géras, meliorque tibi sit caetera proies. 15 Dixil, et Haemonio nnnquam spernendamarito Condita letiferis prodit medicamina cistis,