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DE LA NATURE DES CHOSES

Je ne vois nulle part l’attraction secrète
Qui fait tout converger vers un milieu fatal.

Aussi les inventeurs de ce charme central
En ont-ils limité l’influence à la terre,
À l’eau des océans et des monts, à la pierre,
Aux corps denses, enfin à ce qui tient du sol.
Mais loin du centre l’air précipite son vol ;
Mais les germes ignés vers les hauteurs s’assemblent ;
1100Le centre les repousse ; et, dans l’éther où tremblent
Les scintillations des astres, le ciel bleu
Entretient le soleil qui se repaît de feu.
Car si le champ nourrit les mortels, si la branche,
Sans les sucs que la terre au pied de l’arbre épanche,
Ne peut se couronner de vert feuillage[1]…, il faut
Qu’une voûte se forme aux régions d’en haut ;
Ou dans le vide, avec la flamme vagabonde,
Vont s’envoler soudain les murailles du monde,
Entraînant les débris des corps ; les cieux ouverts
Vont, temples de la foudre, éclater en éclairs ;
La terre, sous nos pieds brusquement dérobée,
À travers la nature, en ruines tombée,
Pêle-mêle sans nom, dans le vide béant
Va s’évanouir, et, seule dans le néant,
Sur les germes frappés de stérilité morne,
Se développera l’immensité sans borne.
Dès qu’un grain de matière a fui, le reste sort,
Et la première brèche est la porte de mort.

  1. On admet ici une lacune, douteuse.