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DE LA NATURE DES CHOSES

Voyageur éternel dans l’infini du vide,
La matière n’est pas un bloc dense et solide.
Tout contour s’amoindrit. Des profondeurs du temps,
Nous voyons tout couler sur la pente des ans
Et de l’âge à nos yeux dérober la poussière.
La Nature pourtant reste à jamais entière.
C’est que tout corps grossit de ce qu’un autre perd ;
80C’est d’automnes flétris que le printemps est vert.
Ainsi, rien ne s’arrête et tout se renouvelle ;
L’existence est un prêt ; la vie est mutuelle.
Telle race décroît, et telle autre s’étend ;
Pour en changer la face il suffit d’un instant ;
Et les mortels, coureurs d’une route infinie,
Se passent en fuyant le flambeau de la vie.

L’atome pourrait-il s’arrêter ? Son repos
Pourrait-il engendrer des mouvements nouveaux ?
Le croire, c’est tourner le dos à l’évidence.
Dans le vide infini s’agite la substance ;
C’est donc leur propre poids qui meut les éléments ;
Et leurs chocs variés guident leurs mouvements.
Car ils tombent d’en haut ; rien ne retient leur chute ;
Insolubles, pesants par eux-mêmes, la lutte
Qu’amène leur concours les projette en tout sens.
Mouvements enchaînés l’un de l’autre naissants !
Pour les mieux concevoir, souviens-toi que l’espace
Est sans fond. Tu le sais, nulle région basse
N’arrête et ne retient les atomes épars.
L’immensité sans bords s’ouvre de toutes parts.100