Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/242

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ŒUVRES POSTHUMES.

Il faisait très chaud ce soir-là. J’allais, de long en large dans l’allée ombreuse, écoutant, sur le mamelon qui domine le parc, la musique du casino jeter ses premières chansons.

Et j’aperçus, venant vers moi, d’un pas lent, le père et la fille. Je les saluai, comme on salue dans les villes d’eaux ses compagnons d’hôtel ; et l’homme, s’arrêtant aussitôt, me demanda :

— Ne pourriez-vous, monsieur, nous indiquer une promenade courte, facile et jolie si possible ; et excusez mon indiscrétion.

Je m’offris à les conduire au vallon où coule la mince rivière, vallon profond, gorge étroite entre deux grandes pentes rocheuses et boisées.

Ils acceptèrent.

Et nous parlâmes, naturellement, de la vertu des eaux.

— Oh, disait-il, ma fille a une étrange maladie, dont on ignore le siège. Elle souffre d’accidents nerveux incompréhensibles. Tantôt on la croit atteinte d’une maladie de cœur, tantôt d’une maladie de foie, tantôt d’une maladie de la moelle épinière. Aujourd’hui on attribue à l’estomac, qui est la grande chaudière et le grand régulateur du corps, ce mal-Protée aux mille formes et aux mille atteintes. Voilà pourquoi nous sommes ici. Moi je crois plutôt que ce sont les nerfs. En tout cas, c’est bien triste.

Le souvenir me vint aussitôt du tic violent de sa main, et je lui demandai :

— Mais n’est-ce pas là de l’hérédité ? N’avez-vous pas vous-même les nerfs un peu malades ?

Il répondit tranquillement :

— Moi ?… Mais non… j’ai toujours eu les nerfs très calmes…

Puis soudain, après un silence, il reprit :