Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/160

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De Keats, faute d’ouvrages à signaler, nous passons è l’époque présente pour signaler la belle édition, en sept volumes, des Works by William Ernest Henley, que publie Mr Alfred Nutt. On a ainsi recueilli, outre les essais, études et articles éparpillés par Henley en de nombreux périodiques, tous les vers du fougueux poète. Son œuvre n’est pas considérable, mais le peu qu’il a laissé, à sa mort prématurée, possède des qualités durables qui sauveront de l’oubli le nom d’Henley. L ’ensemble est donné sans introduction, sans notes, sans commentaires,et cependant la puissante personnalité du directeur du Scots Observer offrait matière à de savoureux déve­loppements. Il eut des amis passionnément attachés et des ennemis non moins violemment acharnés.Est-ce là qu’il faut chercher la raison de cette discrétion ? L’édition est à tirage restreint, et aucun des volumes ne se vend séparément. Du reste les beaux poèmes lyriques d’Henley engagent à connaître aussi ses vigoureux, véhéments et brillants essais.

On pourra juger singulière l’idée qu’eut Mr Yeats de publier dés maintenant le recueil de ses œuvres complètes. Aurait-il l’intention de ne plus jamais rien produire à présent que les huit volumes annon­cés ont paru? Pour un poète de quarante-trois ans, ce serait trop jeune mettre fin à une remarquable carrière. Swinburne a attendu jusqu’à près de soixante-dix ans pour réunir en quelques précieux volumes ses trop nombreuses et introuvables plaquettes. Mais Mr Yeats pousse le souci de l’art jusque dans la présentation maté­rielle de ses œuvres, et l’ordinaire volume, quels que soient le soin et le luxe qu’y apporte l’éditeur,ne lui suffit pas. Il veut pour ses œuvres une édition d’art, et c’est pourquoi les huit volumes des Collected Works of W. B . Yeats sont imprimés et publiés par la Sha­kespeare Head Press de Stralford ou Avon. C’est un noble souci pour un poète, et l’on exprimerait le regret que cette édition soit d’un prix malaisément abordable, s’il n’existait ailleurs divers recueils plus faciles à se procurer, encore qu’incomplets et ne comportant pas les incessants remaniements que l’auteur fait subir à ses écrits.

Pourquoi ne nous a-t-on pas donné en un volume, un peu plus gros sans doute, mais non de dimensions exagérées à coup sûr, les poésies complètes de Francis Thompson? Non pas que nous ayons le moindre reproche à adresser à ces Selected Poems by Francis Thompson, que précède une notice biographique émue de Mr Wilfrid Meynell, mais pour un poète de cette valeur, il semble qu’on nous fasse tort d’excepter le plus humble de ses poèmes. Dans son cas, l’oxcclieuce est une compensation du peu, et il demeurera pour celte raison parmi les poètes que goutera seulement le petit nombre, comme Crashaw ou John Donne. Si vous aimez la poésie, rangez précieusement, sur le rayon des livres amis, cette sélection