Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/22

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persistantes recommandations de Kennedy, le jeune écrivain prit la direction du Southern Literary Messenger, poste qui fut le début d’une série de succès directoriaux, par lesquels Poe transforma en de brillantes et lucratives publications un bon nombre de périodiques épuisés ou moribonds. Il y gagna quelque célébrité, et les propriétaires de gros profits pécuniaires. Le témoignage de son premier patron, Mr White, fait certainement le plus grand honneur à Poe. Quand son inconstant rédacteur en chef l’eut quitté, Mr White ne perdit jamais une occasion de dire de lui le plus grand bien, encore qu’il ait causé quelque dommage à la future carrière du poète en l’engageant vivement à « s’en tenir au domaine de la critique ». L ’insistance avec laquelle ceux pour qui il travailla lui recommandèrent de s’en tenir à la fustigation du menu fretin littéraire, créa à Poe des ennemis nombreux et peu scrupuleux, et, bien que, par là, la vente de certains périodiques ait été accrue, le monde fut privé de poèmes et de récits inappréciables. Poe établit de solides relations d’amitié avec des propriétaires et des directeurs de journaux ; et beaucoup d’entre eux furent au nombre de ses plus fermes défenseurs quand, après sa mort, sa mémoire fut attaquée par les malfaiteurs de la presse. Le plaidoyer de G. R. Graham en faveur de son ami défunt est d’autant plus précieux que Graham eut aussi, à son service, Griswold, le principal agresseur de Poe, et qu’il connaissait le caractère des deux hommes. De plus, N. P . Willis non seulement fournit à Poe de son vivant tout le travail qu’il put dans son journal, mais il lui ouvrit ses colonnes pour qu’il en usât à son gré.

Aussitôt que Poe eut obtenu un salaire fixe et régulier, il épousa sa cousine Virginia, fille de Mrs Glemm, sa tante, qui était veuve, et avec qui il était allé demeurer. Nul mari ne fut jamais plus dévoué que le poète pour son épouse-enfant (car Virginia n’avait que quatorze ans et aucune mère ne fit preuve d’abnégation autant que Mrs Clemm pour son neveu. Quand Poe abandonna son poste à Richmond, Mrs Clemm accompagna les époux à New-York et essaya de diminuer les charges du ménage en prenant des pensionnaires. Mr William Gowans, un riche libraire qui logea avec la famille, donne du caractère de Poe une appréciation très favorable :

Pendant plus de huit mois... je le vis continuellement... Il était un