Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/8

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des particuliers un certain je ne sais quoi, qu’on appelle point d’honneur. C’est proprement le caractère de chaque profession ; mais il est plus marqué chez les gens de guerre, et c’est le point d’honneur par excellence. Il me serait bien difficile de te faire sentir ce que c’est : car nous n’en avons point précisément d’idée.

Autrefois, les Français, surtout les nobles, ne suivaient guère d’autres lois que celles de ce point d’honneur : elles réglaient toute la conduite de leur vie, et elles étaient si sévères qu’on ne pouvait sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition.

Quand il s’agissait de régler les différends, elles ne prescrivaient guère qu’une manière de décision, qui était le duel, qui tranchait toutes les difficultés. Mais ce qu’il y avait de mal, c’est que souvent le jugement se rendait entre d’autres parties que celles qui y étaient intéressées.

Pour peu qu’un homme fût connu d’un autre, il fallait qu’il entrât dans la dispute, et qu’il payât de sa personne, comme s’il avait été lui-même en colère. Il se sentait toujours honoré d’un tel choix et d’une préférence si flatteuse ; et tel qui n’aurait pas voulu donner quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et toute sa famille, ne faisait aucune difficulté d’aller risquer pour lui mille fois sa vie.

Cette manière de décider était assez mal imaginée car, de ce qu’un homme était plus adroit ou plus fort qu’un autre, il ne s’ensuivait pas qu’il eût de meilleures raisons.

Aussi les rois l’ont-ils défendue sous des peines très sévères ; mais c’est en vain : l’honneur, qui

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