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Page:Montpetit -Le Front contre la vitre, 1936.djvu/12

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LE FRONT CONTRE LA VITRE

gris. La ville se détache à contre-jour, comme une féodalité ou quelque Métropolis. Au théâtre, le décor jaillit ainsi graduellement de l’obscurité sous les jeux d’électricité. Ce n’est plus New-York, ou pas encore ; une ville de rêve plutôt, mais toute prochaine. Des masses crénelées, des tours ; une chose gigantesque sort du sommeil des hommes qui vont la reprendre d’assaut.

J’écoute la ville, que je ne connais guère. Pas de cloches. Un coup de sifflet, bref et grognon, me rappelle le bateau que je suis venu prendre et me fait interroger le vent. J’écoute toujours, d’une silencieuse volonté. De partout monte un bruit de fournaise. Un bourdonnement en série, strié du crissement des voies sous le fer. Ce bruit de rail violé, c’est comme un leitmotiv, une sorte de déchirure aiguë, continue, crispante. Les autos mettent sans cesse en marche vers une impossible détente, et recommencent.

Une ville mécanisée. Les rues sont des numéros matricules, et la mathématique conduit les pas par le subconscient. Partout des commandements dirigent le trafic. Arrêts rouges et départs verts : une langue électrique ordonne d’arrêter, autorise à repartir. La discipline implacable d’un contact impose les minutes de silence, le repos des forces d’acier, l’apaisement des mille pièces de l’organisme.

Le prêche social convainc aussi les volontés par les suggestions perpétuelles du civisme. Des zones de protection entourent les arrêts des tramways. On mène consciencieusement les enfants au soleil