Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Comédies II.djvu/357

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VALENTIN

Si notre future est elle que vous la croyez et que vous me l’avez représentée, il n’y a pas le moindre danger, et elle ne peut que s’en trouver plus digne. Figurez-vous que je suis le premier venu ; je suis amoureux de mademoiselle de Mantes, vertueuse épouse de Valentin Van Buck ; songez comme la jeunesse du jour est entreprenante et hardie ! que ne fait-on pas, d’ailleurs, quand on aime ? Quelles escalades, quelles lettres de quatre pages, quels torrents de larmes, quels cornets de dragées ! Devant quoi recule un amant ? De quoi peut-on lui demander compte ? Quel mal fait-il, et de quoi s’offenser ? il aime, ô mon oncle Van Buck ! Rappelez-vous le temps où vous aimiez.

VAN BUCK

De tout temps j’ai été décent, et j’espère que vous le serez, sinon je dis tout à la baronne.

VALENTIN

Je ne compte rien faire qui puisse choquer personne. Je compte d’abord faire ma déclaration ; secondement, écrire plusieurs billets ; troisièmement, gagner la fille de chambre ; quatrièmement, rôder dans les petits coins ; cinquièmement, prendre l’empreinte des serrures avec de la cire à cacheter ; sixièmement, faire une échelle de corde, et couper les vires avec ma bague ; septièmement, me mettre à genou par terre en récitant La Nouvelle Héloïse ; et huitièmement, si je ne réussis pas, m’aller noyer dans la pièce d’eau ; mais je vous jure