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LE CAMARADE INFIDELE ' 453
d'une simple panique. Il faut soi-même avoir été roulé dans une de ces avalanches, pour savoir avec quel déses- poir l'esprit se débat, tandis que le corps obéit à l'esprit des autre?.
' Rétiactée par l'attente de nouveaux coups, encore une fois M"^ Gassin presse en vain le pas. Mais voyant que Vernois ne dit plus rien, elle reprend de la hardiesse :
— Comment n'avez-vous pas honte de charger ainsi la mémoire de votre ami ?
— S'il a connu la souffrance de mourir inutilement, pourquoi ne le mettrais-je pas à son acquis ? Est-ce qu'il était responsable de cette poussée qui lui a coûté la vie en le ramenant dans une zone découverte ? S'il était reste seul dans la seconde tranchée (ce que certains lui reprochent de n'avoir pas fait, mais qui eût été fou) ne croyez-vous pas qu'il aurait été quitte à bien meilleur compte soit pri- sonnier, soit fusillé sur place ? C'est pour que vous lui rendiez justice que je parle comme je fais. Il est dur de mourir ainsi.
M" Gassin est à bout de forces :
— Si vous pensez vraiment ce que vous dites, pour- quoi suis-je la seule qui doive porter ce terrible secret ? Donnez-en leur part aux autres.
— Vous n'avez donc pas le courage...
— Le général est en droit de tout apprendre !
— Et il sait tout ; mais il paierait beaucoup pour pou- voir en oublier une partie.
M"* Gassin saisit la manche de Vernois :
— Mais M™'^ Heuland, elle au moins...
— Laissez-la tranquille, répond-il durement. Puis, se radoucissant, il cherche à être habile :
— Je m'imaginais que vous mettriez votre fierté à rester la seule femme qui sache la vérité entière. Puisque vous avez le mépris des phrases, montrez cette forme de cou- rage qui se passe de rien embellir.
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