Page:Nerciat - Félicia.djvu/30

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que les spectacles me ravirent ; que les promenades publiques m’auraient paru des jardins et des palais enchantés si j’avais eu pour lors quelques notions de ces jolies extravagances. Sylvino, plein de lumières et de goût, et qui désirait que sa femme en acquît, nous faisait connaître tout ce qu’il y avait d’intéressant dans tous les genres. Il rendait nos courses aussi instructives qu’amusantes, en nous faisant toujours accompagner de différents artistes, dont il avait connu grand nombre en Italie. Nous en voyions beaucoup : eux et leurs femmes furent, pendant quelque temps, notre unique société. Je dirai, par parenthèse, pour ceux qui peuvent l’ignorer, que les vrais artistes sont, pour la plupart, sociables et bons à voir ; qu’ils vivent, par exemple, incomparablement mieux entre eux que MM. les auteurs ; qu’au rebours de ceux-ci, les artistes qui ennuient ne le font guère en parlant trop ; qu’ils ont tous du génie, et que, passées par cette filière, leurs idées sérieuses sont toutes intéressantes, bouffonnes, pétillantes et marquées au bon coin.

N’ayant adopté dans ma solitude aucuns préjugés nuisibles au goût qui m’était naturel, je me trouvai propre à tout ce qu’on l’on exigea de moi : j’avais dès lors le bon sens de sentir l’utilité d’une bonne éducation. On me donna mes maîtres ; je m’appliquai beaucoup à l’étude de l’italien, que Sylvino parlait parfaitement ; au dessin, à la danse, au clavecin et surtout au chant, talent pour lequel la nature m’avait favorisée des plus brillantes dispositions. Mes progrès rapides enchantaient mes bienfaiteurs, ils ne cessaient de s’applaudir d’avoir fait un sort à l’aimable Félicia (c’est ainsi qu’il leur avait plu de me nommer ; et s’il n’eût tenu qu’à moi, j’aurais conservé toute ma vie un nom dont tout semblait concourir à justifier l’heureuse étymologie).