Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/139

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Première lettre

Je vous avais obéi, Madame, j’avais attendu, pour vous voir, le jour où tout le monde en a le droit, pour vous parler, le jour où d’autres en ont le privilège ; puis j’ai changé de pensée, je n’ai pu me résoudre à vous adresser en vain quelques banales paroles. Il faut donc vous écrire encore, et pourtant j’avais résolu de ne plus le faire. Les lettres ne sont bonnes que pour les amants froids ou pour les amants heureux. On admet le trouble et l’incohérence dans la conversation, mais les phrases écrites deviennent des témoins éternels. Que je voudrais pouvoir anéantir tout ce que je vous ai écrit ! Votre indifférence m’aura peut-être rendu ce service : je la remercierais de cela du moins.

Le beau roman que je ferais pour vous, si ma pensée était plus calme ! mais trop de choses s’offrent à moi ensemble, au moment où je vous écris. Vous avez eu raison de me faire sentir que mon amour si long et si éprouvé me rendait