Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/147

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gutturales, des gazouillements pleins de charme, une langue primitive sans doute ; de l’hébreu, du syriaque, je ne sais : elle sourit de mon étonnement et s’en alla à sa commode, d’où elle tira des ornements de fausses pierres, colliers, bracelets, couronnes ; s’étant parée ainsi, elle revint à table, puis resta sérieuse fort longtemps. La vieille, en rentrant, poussa de grands éclats de rire, et me dit, je crois, que c’est ainsi qu’on la voyait aux fêtes. En ce moment, l’enfant se réveilla et se prit à crier. Les deux femmes coururent à son berceau, et bientôt la mère revint près de moi, tenant fièrement dans ses bras le bambino soudainement apaisé.

Elle lui parlait dans cette langue que j’avais admirée, elle l’occupait avec des agaceries pleines de grâce ; et moi, peu accoutumé à l’effet des vins brûlés du Vésuve, je sentais tourner les objets devant mes yeux ; cette femme aux manières étranges, royalement parée, fière et capricieuse, m’apparaissait comme une de ces magiciennes de Thessalie à qui l’on donnait son âme pour un rêve. Oh ! pourquoi n’ai-je pas craint de vous faire ce récit ? C’est que vous savez bien que ce n’était aussi qu’un rêve, où seule vous avez régné !…

Je m’arrachai à ce fantôme qui me séduisait et m’effrayait à la fois ; j’errai dans la ville déserte jusqu’au son des premières cloches, puis, sentant