Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/119

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Mais on devrait supprimer entièrement les mendiants ! En vérité, on se fâche de leur donner et l’on se fâche de ne pas leur donner.

Il en est de même des pécheurs et des mauvaises consciences ! Croyez-moi, mes amis, les remords poussent à mordre.

Mais ce qu’il y a de pire, ce sont les pensées mesquines. En vérité, il vaut mieux faire mal que de penser petitement.

Il est vrai que vous dites : « La joie des petites méchancetés nous épargne mainte grande mauvaise action. » Mais en cela on ne devrait pas vouloir économiser.

La mauvaise action est comme un ulcère : elle démange et irrite et fait irruption, — elle parle franchement.

« Voici, je suis une maladie » — ainsi parle la mauvaise action ; ceci est sa franchise.

Mais la petite pensée est pareille au champignon ; elle rampe et se courbe et ne veut être nulle part — jusqu’à ce que tout le corps soit pourri et flétri par les petits champignons.

Cependant, je dis cette parole à l’oreille de celui qui est possédé du démon : « Il vaut mieux encore laisser grandir ton démon ! Pour toi aussi, il existe encore un chemin de la grandeur ! » —

Hélas, mes frères ! On sait quelque chose de trop de chacun ! Et il y en a qui deviennent transparents pour nous, mais ce n’est pas encore une raison pour que nous puissions les traverser.

Il est difficile de vivre avec les hommes, puisqu’il est si difficile de garder le silence.