Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/23

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Et toi, mon premier compagnon, repose en paix ! Je t’ai bien enterré dans ton arbre creux, je t’ai bien abrité contre les loups.

Mais je me sépare de toi, le temps est passé. Entre deux aurores une nouvelle vérité s’est levée en moi.

Je ne dois être ni berger, ni fossoyeur. Jamais plus je ne parlerai au peuple ; pour la dernière fois j’ai parlé à un mort.

Je veux me joindre aux créateurs, à ceux qui moissonnent et chôment : je leur montrerai l’arc-en-ciel et tous les échelons qui mènent au Surhumain.

Je chanterai mon chant aux solitaires et à ceux qui sont deux dans la solitude ; et quiconque a des oreilles pour les choses inouïes, je lui alourdirai le cœur de ma félicité.

Je marche vers mon but, je suis ma route ; je sauterai par-dessus les hésitants et les retardataires. Ainsi ma marche sera le déclin !

*
*           *


10.

Version audio Speaker Icon.svg Zarathoustra avait dit cela à son cœur, alors que le soleil était à son midi : puis il interrogea le ciel de son regard — car il entendait au-dessus de lui le cri perçant d’un oiseau. Et voici ! Un aigle planait dans les airs en larges cercles, et un serpent était pendu à lui, non pareil à une proie, mais comme un ami : car il se sentait enroulé autour de son cou.

« Ce sont mes animaux ! dit Zarathoustra, et il se réjouit de tout cœur.