Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/34

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.








Des Hallucinés de l’Arrière-Monde.
______


Un jour Zarathoustra jeta son illusion par delà les hommes pareil à tous les hallucinés de l’arrière-monde. L’œuvre d’un dieu souffrant et tourmenté, tel me parut alors le monde.

Le monde me parut le rêve et l’invention d’un dieu ; des vapeurs coloriés devant les yeux d’un divin mécontent.

Bien et mal, et joie et peine, et moi et toi — ce me semblait être des vapeurs coloriées devant les yeux d’un créateur. Le créateur voulait détourner les yeux de lui-même, — alors il créa le monde.

C’est pour celui qui souffre une joie enivrante de détourner les yeux de sa souffrance et de se perdre. Joie enivrante et oubli de soi, ainsi me parut un jour le monde.

Ce monde éternellement imparfait, image, et image imparfaite, d’une éternelle contradiction — une joie enivrante pour son créateur imparfait : tel me parut un jour le monde.

Ainsi moi aussi, je jetai mon illusion par delà les hommes, pareil à tous les hallucinés de l’arrière-monde. Par delà les hommes en vérité ?

Hélas, mes frères, ce dieu que j’ai créé était œuvre faite des mains des hommes et folie humaine, comme tous les dieux.