Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/43

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Mais cet oiseau s’est construit son nid auprès de moi : c’est pourquoi je l’aime avec tendresse, — maintenant il couve chez moi ses oeufs dorés."

C’est ainsi que tu dois balbutier, et louer ta vertu.

Autrefois tu avais des passions et tu les appelais des maux. Mais maintenant tu n’as plus que tes vertus : elles naquirent de tes passions.

Tu apportas dans ces passions ton but le plus haut : alors elles devinrent tes vertus et tes joies.

Et fusses-tu de la race des coléreux, de celle des voluptueux, des sectaires ou de ceux qui ont soif de vengeance :

Toutes tes passions finiraient par devenir des vertus, tous tes diables des anges.

Jadis tu avais dans ta cave des chiens sauvages : mais ils finirent par se transformer en oiseaux et en aimables chanteurs.

C’est avec tes poisons que tu t’est préparé ton baume ; tu as trait la vache affliction, — maintenant tu bois le doux lait de ses mamelles.

Et rien de mal ne naît plus de toi, si ce n’est le mal qui naît de la lutte de tes vertus.

Mon frère, quand tu as du bonheur, tu as une vertu et rien de plus : tu passes ainsi plus facilement sur le pont.

Cela distingue d’avoir beaucoup de vertus, mais c’est un sort bien dur ; et il y en a qui sont allés se tuer dans le désert parce qu’ils étaient fatigués d’être des combats et des champs de bataille de vertus.

Mon frère, la guerre et les batailles sont-elles des maux ? Ce mal est nécessaire, l’envie, et la méfiance, et la calomnie sont nécessaires parmi tes vertus.

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