Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/80

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amis, je veux le donner même à mes ennemis, sans en devenir plus pauvre.

Il y a de la camaraderie : qu’il y ait de l’amitié !

Ainsi parlait Zarathoustra.



MILLE ET UN BUTS


Zarathoustra a vu beaucoup de contrées et beaucoup de peuples : c’est ainsi qu’il a découvert le bien et le mal de beaucoup de peuples. Zarathoustra n’a pas découvert de plus grande puissance sur la terre, que le bien et le mal.

Aucun peuple ne pourrait vivre sans évaluer les valeurs ; mais s’il veut se conserver, il ne doit pas évaluer comme évalue son voisin.

Beaucoup de choses qu’un peuple appelait bonnes, pour un autre peuple étaient honteuses et méprisables : voilà ce que j’ai découvert. Ici beaucoup de choses étaient appelées mauvaises et là-bas elles étaient revêtues du manteau de pourpre des honneurs.

Jamais un voisin n’a compris l’autre voisin : son âme s’est toujours étonnée de la folie et de la méchancetée de son voisin.

Une table des biens est suspendue au-dessus de chaque peuple. Or, c’est la table de ce qu’il a surmonté, c’est la voix de sa volonté de puissance.