Page:Pierquin - Le Poème anglo-saxon de Beowulf.djvu/58

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un territoire à partager entre la communauté, pour les pâturages ; et à l’intérieur de ce que nous avons appelé, la Marche, propriété de tous, tel champ de blé appartenait, avec les années, à des propriétaires successifs.

Le mot Marche a un sens légal et réel, au sens juridique de cet adjectif : il désigne non pas seulement l’espace de terre qui a été étudié, mais encore ce qu’il représente pour ceux qui l’occupent, de privilèges et de droits envers eux-mêmes et envers les autres. Mais le mot s’appliquant au territoire lui-même, a une double signification : il désigne non seulement la zone des terres occupée par une seule communauté réduite, mais encore les forêts et les landes, séparant les possessions dune tribu, de celles qui l’avoisinaient. La Marche, ou frontière des pâturages, et l’espace cultivé qu’elle enserre, et qui est départi aux divers membres de la communauté, sont inséparables. Quelle que soit la différence de nature de leur propriété, elles forment ensemble un tout indissoluble. Elles constituent, toutes deux, l’entière possession territoriale de l’originaire cognatio, race ou tribu. Les terres labourées et les prairies sont gardées par la Marche, et le cultivateur tire encore sa subsistance des chasses de ses fils, de ses tenants, de ses serfs, dans les forêts voisines.

Le caractère essentiel de la Marche, considérée comme frontière et comme terre commune de pâturages, est de ne pouvoir être morcelée en terre arable. Les hommes de la Marche, — appelés Markgenossen en Allemagne, et par les Anglo-Saxons, Mearcgeneátas, — ont des droits en commun, mais ne peuvent fonder de propriété, sur le territoire proprement dit de la Marche. Même si pour des raisons particulières, un homme de la Marche obtenait le droit de pratiquer des coupes sur une partie de la forêt, cette partie même, aussitôt qu’elle était soumise à la loi de la propriété