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113 ALCIBIADE


Alcibiade. — Oui.

e Socrate. — Et je garantirais sans hésiter que par là vous serez heureux.

Alcibiade. — Tu ne risques rien à le garantir.

Socrate. — Tandis que par l’injustice, si vous avez en vue ce qui est impie et ténébreux, vos actes le seront pareillement, faute de vous connaître vous-mêmes.

Alcibiade. — Je le crois.

Socrate. — En effet, celui qui peut faire tout ce qui lui plaît, peuple ou individu, mon cher Alcibiade, s’il n’a pas de raison, quel sera vraisemblablement son sort ? par exemple un malade, libre de faire tout ce qu’il veut, s’il n’a pas la 135 raison qui sait guérir, s’il agit comme un tyran, c’est-à-dire s’il ne sait pas se réprimer lui-même, que deviendra-t-il[1] ? N’est-il pas probable qu’il ruinera sa santé ?

Alcibiade. — Tu dis vrai.

Socrate. — Et sur un vaisseau, si un passager pouvait faire ce que bon lui semble, sans avoir le sens du pilote ni son expérience, ne vois-tu pas ce qui lui arriverait, à lui et à compagnons ?

Alcibiade. — Il est certain qu’ils périraient tous.

Socrate. — Eh bien, de même dans une cité, et en général dans l’exercice de toute autorité, de tout pouvoir absolu, b quiconque n’a pas les qualités nécessaires est condamné à se conduire tout de travers.

Alcibiade. — C’est fatal.

Socrate. — Ainsi, ce n’est pas le pouvoir absolu, mon brave Alcibiade, qu’il faut ambitionner ni pour toi ni pour la ville, si vous voulez être heureux, c’est la vertu.

Alcibiade. — Tu dis la vérité.

Socrate. — Et tant qu’on ne la possède pas, mieux vaut obéir à un meilleur que soi que de commander, qu’on soit homme fait ou enfant.

Alcibiade. — Évidemment.

Socrate. — Or ce qui est meilleur est aussi plus beau.

  1. Platon a tracé dans sa République (IX, p. 571 suiv.) le portrait du tyran. Ce qui le caractérise essentiellement à ses yeux, c’est, comme il le dit ici, de ne savoir pas se commander à lui-même.