Page:Plutarque - Vies des hommes illustres, Charpentier, 1853, Tome 1.djvu/408

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Périclès, et il jouissait auprès de lui d’un immense crédit. Cette faveur lui valut la haine d’une foule d’envieux ; et il y en eut qui essayèrent sur lui ce que ferait le peuple à l’égard de Périclès, si Périclès était jamais traduit en jugement. Ils gagnent un des ouvriers de Phidias, appelé Ménon ; et Ménon va sur la place publique, se poster dans l’attitude d’un suppliant, et demander sûreté pour dénoncer Phidias, et pour soutenir une accusation contre lui. Le peuple accueillit la demande de cet homme : une action fut intentée et soutenue contre Phidias, dans l’assemblée générale. Mais on ne le put convaincre des larcins qu’on lui reprochait ; car Phidias, par le conseil de Périclès, avait travaillé séparément, depuis la première jusqu’à la dernière, toutes les pièces d’or qui entraient dans la composition de la statue, et il les avait assemblées de telle manière, qu’il était facile de les enlever et de les peser ; ce que Périclès invita les accusateurs à faire alors. Une autre cause de l’envie qu’on portait à Phidias, c’était sa réputation d’artiste ; et surtout on lui en voulait de ce qu’en représentant, sur le bouclier de la déesse, le combat des Amazones, il s’y était sculpté lui-même, sous la figure d’un vieillard chauve, qui soulève une pierre des deux mains, et de ce qu’il y avait mis un magnifique portrait de Périclès, combattant une Amazone : sa main levée pour lancer le javelot lui couvre en partie le visage ; mais cette main est disposée avec un art si merveilleux, qu’elle semble vouloir dissimuler la ressemblance, et que cette ressemblance éclate des deux côtés. Phidias fut donc jeté en prison ; et il y mourut de maladie, ou, suivant quelques écrivains, du poison que lui firent prendre ses ennemis, pour avoir lieu de calomnier Périclès[1]. Quant au dénonciateur Ménon, le peuple lui accorda exemption de toutes charges, sur la proposition de Glycon, et ordonna

  1. Suivant d’autres, Phidias fut seulement exilé ; et c’est même pendant cet exil qu’il aurait fait son chef-d’œuvre, la statue de Jupiter-Olympien.