Page:Poe - Derniers Contes.djvu/17

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Mais elle joue ? Quelle heureuse idée ! Sa Grâce a toujours une excellente mémoire. Il a étudié à fond le « Diable » de l’abbé Gaultier. Or il y est dit « que le Diable n’ose pas refuser une partie d’écarté. »

Oui, mais les chances ! les chances ! — Désespérées, sans doute ; mais à peine plus désespérées que le Duc. Et puis, n’était-il pas dans le secret ? N’avait-il pas écrémé le père Le Brun ? N’était-il pas membre du Club Vingt-un ? « Si je perds, se dit-il, je serai deux fois perdu — je serai deux fois damné — voila tout ! (Ici sa Grâce haussa les épaules). Si je gagne, je retournerai à mes ortolans — que les cartes soient préparées ! »

Sa Grâce était tout soin, tout attention — sa Majesté tout abandon. À les voir, on les eût pris pour François et Charles. Sa Grâce ne pensait qu’à son jeu ; sa Majesté ne pensait pas du tout. Elle battit ; le Duc coupa.

Les cartes sont données. L’atout est tourné ; — c’est — c’est — le Roi ! Non — c’était la Reine. Sa Majesté maudit son costume masculin. De l’Omelette mit sa main sur son cœur.