Page:Poe - Derniers Contes.djvu/25

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La nuit du mariage, je ne sais plus sous quel spécieux prétexte, elle obtint que sa sœur occuperait une couche assez rapprochée de celle du couple royal pour permettre de converser facilement de lit à lit ; et quelque temps avant le chant du coq elle eut soin de réveiller le bon monarque, son mari (qui du reste n’était pas mal disposé à son endroit, quoiqu’il songeât à lui tordre le cou au matin) — elle parvint, dis-je, à le réveiller (bien que, grâce à une parfaite conscience et à une digestion facile, il fut profondément endormi) par le vif intérêt d’une histoire (sur un rat et un chat noir, je crois), qu’elle racontait à voix basse, bien entendu à sa sœur. Quand le jour parut, il arriva que cette histoire n’était pas tout à fait terminée, et que Schéhérazade naturellement ne pouvait pas l’achever, puisque, le moment était venu de se lever pour être étranglée — ce qui n’est guère plus plaisant que d’être pendu, quoique un tantinet plus galant.

Cependant la curiosité du roi, plus forte (je regrette de le dire) que ses excellents principes religieux mêmes, lui fit pour cette fois remettre l’exécution de son ser-