Page:Poe - Eureka trad. Baudelaire 1864.djvu/53

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c’était surtout à cause de la difficulté encore plus grande qui s’oppose à la conception d’une limite quelconque. » Mais ceci est simplement une de ces phrases par lesquelles les penseurs, même profonds, prennent plaisir, depuis un temps immémorial, à se tromper eux-mêmes. C’est dans le mot difficulté que se cache l’argutie. L’esprit, nous dit-on, accepte l’idée d’un espace illimité à cause de la difficulté plus grande qu’il trouve à concevoir celle d’un espace limité. Or, si la proposition était posée loyalement, l’absurdité en deviendrait immédiatement évidente. Pour parler net, dans le cas en question, il n’y a pas simplement difficulté. L’assertion proposée, si elle était présentée sous des termes conformes à l’intention, et sans sophistiquerie, serait exprimée ainsi : « L’esprit admet l’idée d’un espace illimité à cause de l’impossibilité plus grande de concevoir celle d’un espace limité. »

On voit au premier coup d’œil qu’il n’est pas ici question d’établir un parallèle entre deux crédibilités, entre deux arguments, sur la validité respective desquels la raison est appelée à décider ; il