Page:Ponchon - La Muse au cabaret, 1920.djvu/203

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Et nous roulions toujours. Tout à coup, elle dit :
« Je m’en vais relayer, patron. Il est midi.
J’ai faim, Cocotte aussi. — Bon. Qu’à cela ne tienne.
Nous allons déjeuner ensemble… eh ! oui, pardienne !
Je n’ai pas terminé mes courses, tant s’en faut,
Je connais un endroit superbe et sans défaut ;
En plein Paris on se croirait à la campagne.
Et Cocotte aura sa bouteille de Champagne…
« Ça va-t-il ? — Oui ça va ».

« Ça va-t-il ? — Oui ça va ». Le repas fut charmant.
Je lui fis redresser son premier jugement
Sur les hommes, entre la poire et le fromage.
Elle consentit même à leur rendre un hommage,
Au café… Nous voici repartis. Tour à tour,
On nous vit à Montmartre ainsi qu’au Point-du-Jour,
Aux boulevards, au Bois, que sais-je ? À la Villette.
Ma Collignonne était, à cette heure, drôlette,
Et Cocotte un peu soûle. On le serait à moins.
Ah ! nous nous moquions bien maintenant des pévouins !
Un moment, nous trouvant par hasard dans la rue
De la Paix… en dépit de la foule accourue,
J’offris à la petite un collier de trois rangs
De perles, et du prix de trois cent mille francs.
Mais, elle n’accepta que quelques bagatelles :
Soit un chapeau d’été, pour Cocotte — en dentelles,
Plus un fouet en bois d’amourette, à pomme d’or.
Et je ne sais trop quoi de plus modeste encor.
Bientôt ce fut la nuit, implacable, subite.
Dieu ! que ton taximètre, ô Temps, galope vite !