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NOUVEAUX SAMEDIS

les empressements ou les tolérances des gens du monde en faveur de certains romans ou de certaines pièces de l’auteur favori.

Mais, si M. Renan est réellement ce qu’il veut paraître, s’il faut prendre à peu près au sérieux la phrase finale de son Introduction, où il déclare qu’il a compris « ses desseins comme des devoirs », que pourrait signifier à ses yeux comme aux nôtres ce succès, tout conjectural encore ? L’auteur de Saint Paul n’a pas eu, je crois, la prétention d’être un nouveau Luther, de créer un schisme, d’inaugurer une religion dont il resterait à chercher les dogmes, la discipline et la morale. Il semble, autant qu’on peut le saisir à travers mille faux-fuyants, poursuivre le triomphe ou le culte de l’idéal. L’idéal ! c’est bien vague ; je le conçois et je l’approuve chez les artistes, chez les poètes, dont tout le rôle est de maintenir les àraes dans des régions assez hautes, assez pures, pour qu’un pas de plus suffise à les élever vers Dieu. Mais l’idéal, sous la plume de M. Ernest Renan et dans des ouvrages tels que les siens, est son propre contradicteur. Idéaliser le christianisme, c’est, en réalité, le matérialiser. Dégager une religion de tout ce qui, d’après l’exacte étymologie, en fait le lien des âmes, de tout caractère divin, de toute révélation surhumaine, de tout mystère surnaturel, de toute application pratique, c’est la livrer à l’homme, créature bornée, sensuelle, qui, après en avoir amusé un moment son rêve, finira par l’assujettir à ses passions et à ses appétits. Ceci est tellement vrai, que l’idéal de M. Renan, s’il devait prévaloir et passer à l’état