Page:Proust - La Prisonnière, tome 2.djvu/102

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comme dirait Xénophon, à 100 drachmes l’heure. Mais je crains qu’il n’en dépense, à l’égard de Morel, un peu plus que la saine morale ne commande, et sans savoir dans quelle mesure le jeune pénitent se montre docile ou rebelle aux exercices spéciaux que son catéchiste lui impose en manière de mortification, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour savoir que nous pécherions, comme dit l’autre, par mansuétude à l’égard de ce Rose-Croix qui semble nous venir de Pétrone, après avoir passé par Saint-Simon, si nous lui accordions, les yeux fermés, en bonne et due forme, le permis de sataniser. Et pourtant, en occupant cet homme pendant que Mme Verdurin, pour le bien du pécheur et bien justement tentée par une telle cure, va — en parlant au jeune étourdi sans ambages — lui retirer tout ce qu’il aime, lui porter peut-être un coup fatal, il me semble que je l’attire comme qui dirait dans un guet-apens, et je recule comme devant une manière de lâcheté. » Ceci dit, il n’hésita pas à la commettre, et le prenant par le bras : « Allons, baron, si nous allions fumer une cigarette, ce jeune homme ne connaît pas encore toutes les merveilles de l’Hôtel. » Je m’excusai en disant que j’étais obligé de rentrer. « Attendez encore un instant, dit Brichot. Vous savez que vous devez me ramener et je n’oublie pas votre promesse. — Vous ne voulez vraiment pas que je vous fasse sortir l’argenterie ? rien ne serait plus simple, me dit M. de Charlus. Comme vous me l’avez promis, pas un mot de la question décoration à Morel. Je veux lui faire la surprise de le lui annoncer tout à l’heure, quand on sera un peu parti, bien qu’il dise que ce n’est pas important pour un artiste, mais que son oncle le désire (je rougis car, pensai-je, par mon grand-père les Verdurin savaient qui était l’oncle de Morel). Alors, vous ne voulez pas que je vous fasse sortir les plus belles pièces ? me dit M. de