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DÉDICACE




Tu poursuis, en chantant, dans la glaise et l’argile,
Pour lui rendre à jamais la forme où tu le vois
Qui rôde en ta pensée et s’esquive à ta voix,
Un fantôme furtif qui fuit ton pouce agile.

La figure s’ébauche indécise et fragile,
Dans la terre féconde où la cherchent tes doigts,
Car encore secret et visible parfois
Le sourire est déjà dans la matière vile.

Parfois une déesse éclôt de tes mains fraîches…
Puis tu fouilles le sol du tranchant de ta bêche
Jusqu’à ce que l’airain ait rencontré l’airain,

Et la glèbe, souvent, que ton labeur entaille
Te livre, intact au bronze ou fruste en la médaille,
Quelque dieu toujours jeune et longtemps souterrain.