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De mon ancien ami, j’approuve le projet ;
Oui, quoique son départ me cause un vif regret,
J’approuve que, cherchant un solitaire asile,
D’un citoyen de plus il dote la Sibylle.
Cumes conduit à Baïe, et ces lieux retirés
Semblent par la nature au repos consacrés.
Pour moi, de Prochyta le séjour misérable
Lui-même au Suburra me paraît préférable.
Quel désert, en effet, quel sauvage réduit
Plus triste qu’une ville où, tremblant jour et nuit,
On ne voit que maisons qui menacent ruine,
Qu’édifices en feu, que meurtre, que rapine,
Sans compter les auteurs dont les rauques accents
Dans la rue au mois d’août poursuivent les passants ?
Tandis que son esclave, apportant le bagage,
Sur un seul charriot range tout le ménage,
À la porte Capène il s’arrête un moment,
Au lieu même où la nuit Numa furtivement
Venait prendre conseil de sa nymphe chérie ;
Maintenant la fontaine et l’autel d’Egérie
Sont loués à des juifs qui, pour tout mobilier,
Ont la botte de paille et le panier d’osier.
Car le peuple romain des arbres de bocage
Fait à ces malheureux payer jusqu’à l’ombrage,
Et contraintes de fuir pour de vils mendiants,
Les Muses ont quitté ces asiles riants.
Je descends avec lui dans, ces grottes sacrées
Qu’à force d’ornements l’art a défigurées ;
Oh ! qu’aux bords de cette onde, avec bien plus d’amour,
La nymphe se plairait à fixer son séjour,
Si du simple gazon qui faisait leur parure,
Le marbre n’avait pas profané la verdure !
C’est là qu’Umbricius, triste, l’air abattu :
Puisqu’enfin, me dit-il, le talent, la vertu,
Les arts que peut sans honte exercer l’honnête homme,
Ne trouvent plus de place ou languissent à Rome ;
Puisque le peu que j’ai, s’échappant de ma main,
Moindre aujourd’hui qu’hier, diminuera !
Je veux m’en exiler ; je veux, avant que l’âge
Des rides à mon front ait prodigué l’outrage,
Pendant que sur mes pieds je me tiens sans fléchir,
Qu’à peine mes cheveux commencent à blanchir,
Qu’il reste à Lachésis de quoi filer encore,
D’une ingrate cité fuir les mœurs que j’abhorre.
Le dessein en est pris ; je cours aux lieux déserts
Où s’arrêta Dédale en descendant des airs.
Adieu donc, ma patrie : adieu, ville funeste :
Que, s’il peut y rester, Arthurius y reste :