Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/11

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Diane ne parle pas. Elle expédie les repas en deux temps trois mouvements. La bouche ne s’ouvre que pour manger.

Aussi, sa pauvre mère ne sait-elle rien d’un monde que ses malheurs ont éloigné d’elle.

Il y a bien le cousin Bricoulet. Honoré Bricoulet. Il arrive le matin, vers dix heures, embrasse Mme Blok sur les deux joues, lui laisse entendre qu’un homme veuf (Mme Bricoulet a été ravie à l’affection de son cher Honoré il y aura bientôt dix ans) et une femme veuve (M. Blok s’est donné la mort voilà plus de deux lustres) peuvent faire un couple. Mme Blok s’attendrit. Bricoulet s’enquiert de l’état de sa fortune, chaque fois lui demande de nouveaux détails sur le suicide de M. Blok et ne se décide à lever le siège que lorsque Diane qui le déteste rentre pour le déjeuner et lui jette en guise de bonjour quelque bonne insolence.

Bricoulet parti, Mme Blok prend son courage à deux mains et réprimande sa fille.

— Tu n’as pas été aimable avec le cousin Honoré.

— Ce sale canard (Bricoulet parle du nez).

— Diane, tu es injuste.

— Il vous a sans doute encore dit des douceurs, s’est attendri, vous a demandée en mariage. Ma pauvre mère. Il en veut à nos quatre sous. C’est un avaricieux fieffé. Il tondrait un pou.

Diane chantonne :