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REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE

SUPPLÉMENT
Ce supplément ne doit pas être détaché pour la reliure.
(N° DE JANVIER 1920)

NÉCROLOGIE
Georges Lechalas
(1851-1919).

Dès qu’il eut reçu le premier numéro de notre Revue où Louis Couturat discutait les arguments de Renouvier contre la géométrie non-euclidienne. Georges Lechalas nous adressait une note fort importante sur la relativité des grandeurs. Il se faisait ainsi spontanément notre collaborateur, et il est un de ceux dont l’assidue curiosité a le plus constamment contribué à cette pénétration des connaissances scientifiques et de la réflexion philosophique qui a été, pour notre génération et spécialement dans notre pays, la base d’un si fécond renouvellement spirituel. La méthode pratiquée par Lechalas était originale. Il se plaçait volontiers en dehors de tout système pour poser, à propos de toute découverte scientifique ou de toute théorie philosophique, des questions précises sur certains points délimités, sur tel ou tel paragraphe, ou telle ou telle expression. Par des lettres privées ou par des articles critiques, il provoquait des réponses et des éclaircissements : si les explications de son interlocuteur avaient ce résultat d’atténuer une difficulté ou de faire évanouir une objection, il était le premier à en prendre note et à s’en réjouir. Mais derrière cette argumentation de détail, si probe et si loyale, il y avait chez Lechalas des conceptions d’ensemble aux lignes fortement dessinées. On le vit bien lors des éditions successives (1893 et 1910) des Études sur l’Espace et le Temps. Georges Lechalas adoptait une théorie finaliste de l’univers ; mais, logicien plus vigoureux que Renouvier, il avait nettement compris que la représentation d’un monde fini, opposée à l’idée d’un univers infini, était liée à une acceptation franche de l’empirisme et du réalisme. C’est là ce qui donne leur cohérence et leur profondeur aux recherches variées que Lechalas a poursuivies sur les principes des sciences exactes. Dans le recueil d’Études esthétiques, paru en 1902, apparaît également un esprit qui s’ouvre, avec la même curiosité et la même bienveillance, à toutes les manifestations de la vie esthétique, œuvres d’art ou théories sur l’art, et qui garde en même temps le souci de délibérer avec lui-même et de mesurer son adhésion à chacun des courants qui traversent la pensée contemporaine. Ajoutons que l’homme répondait à l’œuvre : travailleur infatigable et modeste, chrétien sincère et tolérant, il s’est dépensé sans compter pour la philosophie, après s’être acquitté, dans sa carrière d’ingénieur, de besognes considérables d’ordre professionnel et technique.

Paul Lacombe
(1834-1919).

Paul Lacombe n’est pas un de ces aînés sous le patronage desquels la Revue de Métaphysique et de Morale a été fondée. Il est venu à nous quelques années plus tard, et comme du dehors. Par toutes ses affinités intellectuelles, il appartenait au XVIIIe siècle, et opposait la question préalable à beaucoup des problèmes que notre Revue aime à soulever. Mais il nous attira par la singulière vigueur de sa pensée, au cours de ces années fécondes où, coup sur coup, il renouvela la méthodologie historique, la littérature pédagogique, la philosophie du pacifisme, par son grand ouvrage intitulé De l’Histoire considérée comme Science (1894), par son étude sur La Guerre et l’Homme (1898), par son Esquisse d’un enseignement basé sur la psychologie de