Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/301

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ces mots à la chambre : On m’eût plutôt arraché sans vie de mon fauteuil que d’avoir sanctionné de mon vote la nomination du dictateur, si elle eût été illégale. Etrange contradiction, car en ce moment ces cris furibonds retentissaient sur la place : à bas la junte, vive Riva-Aguero ; et près de moi, un homme du peuple de la plus mauvaise mine ébranlait les voûtes de la salle en poussant ce même cri avec une fureur inouie et les gestes les plus menaçants ! Le petit nombre de vrais patriotes n’était point dupe de cette comédie, jouée par un homme obscur, mais riche, sans actions qui pussent le recommander, sans mérite intrinsèque, ambitieux subalterne, qui depuis trois années, suivait avec persévérance un plan de corruption, calomniant les actes des députés, semant les promesses et l’argent à propos ; en un mot, préparant avec maturité ses projets d’élévation. Telle était l’opinion de quelques personnes sensées et instruites, et l’administration ridicule et absurde de Riva-Aguero ne tarda pas à justifier le jugement qu’elles en avaient porté.

Je me trouvais à Lima le 1er mars 1823, lorsque le nouvel élu de l’armée se présenta au peuple en parcourant la ville, suivi d’un brillant état-major ; Peu d’acclamations l’accueillirent à son passage : deux ou trois soldats sortis de l’hôtel du gouvernement, suivis de quelques négrillons, enfilèrent les principales rues en criant vive le dictateur, et en lançant quelques pétards. Ce furent là tous les frais de l’allégresse publique : le soir, par ordre, les maisons furent