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Page:Revue des Deux Mondes - 1845 - tome 11.djvu/1145

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V.

à marie.


À midi, quand j’entrai dans ta chaumière sombre,
Tu dormais, succombant à la chaleur du jour ;
Tes cheveux dénoués flottaient, noirs et sans nombre ;
Je te vis, et sur moi planaient encor dans l’ombre
Les grandes ailes de l’Amour.


VI.

dernière demeure.


À toi, grand Tal-iésin, barde au front radieux[1],
Un nid voisin de l’aigle, un tombeau près des cieux ;
À toi les hauts sommets, à moi l’humble vallée,
Et, comme fut ma vie, une tombe voilée.
Tel est mon dernier voeu. Tout près du pont Kerlô,
Dans un bois qui pour maître avait le vieil Elô ;
Couché parmi les buis, au murmure des sources.
Je reposerais bien, je crois, après mes courses,
Les soirs d’été, c’est là qu’aux branches des buissons,
Nous allions, gais enfans, pendre nos hameçons,
Cueillir l’airelle noire, et, dans le mois des neiges,
Tout le long des taillis tendre aux oiseaux des piéges.
Pourtant, mon corps venu, si le nouveau curé
Me refuse une tombe en ce bois ignoré,
Qu’il me donne du moins ma place au cimetière,
Parmi les rangs bénis de la paroisse entière,
Avec Tangui, Daniel et tous ceux du canton
Dont j’ai dit bien des fois le village et le nom.
Une autre aussi viendra vers cette couche sombre,
Et réunis enfin, nous dormirons dans l’ombre.

  1. Barde gallois du vie siècle.