Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 85.djvu/386

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ni ses apôtres eussent prescrit de forme particulière de gouvernement ecclésiastique ; mais il pensa que la forme épiscopale était la meilleure pour les églises américaines. Il les amena à cette idée, et d’accord avec tous ses collègues, le 2 septembre 1784, à Bristol, il imposa solennellement les mains à Coke et lui conféra la charge de surintendant (superintendent), désignant ainsi tout ce qu’il entendait conserver de l’autorité épiscopale, dont le titre a fini pourtant par revivre en Amérique. C’était se mettre sur un pied d’égalité avec l’église établie. En Angleterre, ce fut une conférence annuelle composée de cent prédicateurs qu’on institua pour exercer une surveillance générale et faire en même temps tous les actes d’une corporation civile. Ainsi elle fut en droit propriétaire de tous les édifices du culte, dont le principal était à Londres la chapelle de City-Road, construite en 1778, et qui est encore aujourd’hui comme la métropole du méthodisme.

On peut dire que pour Wesley octogénaire la vieillesse n’avait pas encore commencé, car le témoignage certain de son journal nous le montre portant le faix des années sans être appesanti ni ralenti. Il avait quatre-vingts ans lorsqu’il entreprit d’explorer les îles de la Manche, où sa doctrine avait déjà pénétré. En vue des côtes de la France, il rêva d’y porter ses conquêtes, et bientôt Jersey et Guernesey envoyèrent des missionnaires jusqu’en Normandie. Ce n’est qu’à l’âge de quatre-vingt-sept ans, le 1er janvier 1790, qu’il avoue dans son journal qu’à sa faiblesse, il se sent un vieillard. Cependant il prêchait encore trois fois par dimanche ; il visitait toutes les chapelles de Londres et des environs, et il se décida même à une dernière tournée jusque dans le nord. Il revit les villes de l’ouest et du Yorkshire, il gagna Newcastle et remonta jusqu’en Ecosse. Partout, hormis à Glasgow, il ne trouva que des sujets de satisfaction, et ne termina sa course qu’à Bristol, où il présida la quarante-septième conférence depuis les débuts de sa mission. A Winchelsea, il prêcha sous un arbre sur ce texte : « le royaume des cieux est pioche. » Ce fut la dernière fois qu’il parla en plein air, et son journal se termine le 24 octobre 1790 par une simple note. Il a, dit-il, prêché dans deux églises anglicanes, le matin dans l’église de Spitalfields, et l’après-midi à l’église de Saint-Paul, Shadwell, à laquelle était plus comble encore, ajoute-t-il, tandis que j’exposais cette vérité importante : « une seule chose est nécessaire, » et « j’espère que plusieurs se sont décidés à choisir la bonne part. »

Ce ne furent pourtant pas ses derniers sermons. Il fit entendre sa voix affaiblie jusqu’au commencement de l’année suivante, et ce n’est que le 23 février 1791 qu’il descendit de la chaire pour n’y plus remonter. On raconte qu’il n’avait pas prêché moins de 52,400 fois