Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 85.djvu/406

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l’irritabilité avait reparu dans les muscles du bras ; elle existait encore le lendemain à quatre heures du matin.

Jamais expériences n’ont mieux démontré que le sang est nécessaire à la vie musculaire. Dans les membres de ces décapités, la matière organique était décomposée, et toute manifestation vitale devenue impossible. Une irrigation sanguine est pratiquée, et soudain cette chair musculaire redevient contractile ; l’activité spéciale de la fibre du mouvement se ranime, et les fonctions s’exercent comme pendant la vie. On objectera sans doute que l’élément musculaire reçoit des nerfs moteurs ses conditions d’activité, et que les globules sanguins ne l’ont indirectement vivifié qu’en rendant aux nerfs leur excitabilité ; mais le mode d’action du curare n’a-t-il pas prouvé que la vie du muscle persistait après la mort physiologique du nerf [1] ? Si, sur un animal vivant, l’on comprime avec une serre-fine les artères des membres inférieurs, la soustraction du sang fera de même disparaître les propriétés des nerfs avant celles des muscles ; un stimulus artificiel appliqué directement sur la fibre musculaire déterminera encore un mouvement, alors que l’excitabilité nerveuse n’existera plus. Si vous ouvrez ensuite la serre-fine, vous rendez libre le cours du sang, et les propriétés des nerfs moteurs se rétablissent complètement. Ainsi la vie de l’élément nerveux lui-même a été successivement abolie et rétablie ; désormais les incitations motrices d’origine cérébrale ou médullaire pourront se transmettre par l’intermédiaire de ce conducteur, qui jouit d’une autonomie véritable.

Les nerfs de la sensibilité générale réclament, comme les nerfs moteurs, le contact du sang artériel. La distribution anatomique de ces élémens nerveux ne permet point d’y étudier dans leur partie périphérique l’action du liquide sanguin ; cependant la sensibilité constitue une fonction trop bien définie pour ne point être, comme la motricité, l’objet d’une analyse expérimentale ; cette analyse s’est faite à l’aide de la transfusion sur la moelle épinière, organe récepteur de toutes les impressions de la peau. Les physiologistes ont employé un procédé ingénieux pour empêcher le sang de baigner ce centre nerveux ; ils injectent dans les vaisseaux, et suivant une direction déterminée, un liquide chargé d’une poudre inerte ; les parties capillaires de la circulation sont bientôt obstruées, la moelle cesse d’être en rapport avec le liquide sanguin, et aussitôt elle ne perçoit plus les impressions de la peau. Même phénomène s’observe lorsqu’on détruit artificiellement tous les vaisseaux sanguins qui de

  1. Voyez, dans la Revue du 1er septembre 1864, Études physiologiques sur quelques poisons américains, — le Curare, par M. Claude Bernard.