Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/651

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directement ont en outre des frais à acquitter. Ces frais sont ce qui constitue le casuel du clergé. Quant à la justice, il serait contraire à la dignité et nuisible à l’autorité des juges qu’ils fussent payés, en quelque mesure que ce soit, par les plaideurs ; mais il y a des frais de justice pour les officiers ministériels dont les soins amènent le jugement. Le même principe régit donc l’organisation de tous nos services publics ; chaque citoyen contribue à en assurer l’existence, et ceux qui vont leur demander quelque avantage doivent payer en outre le service particulier qu’ils reçoivent. Auprès de la justice, les indigens, qui ne pourraient rémunérer les officiers ministériels dont l’intervention est obligée sont secourus par l’assistance judiciaire. Pour eux, la justice est complètement gratuite. Il en est de même pour les indigens qui ne peuvent payer l’instruction de leurs enfans ; la loi de 1833 les admet au bénéfice de la gratuité, et, comme on ne saurait jamais se montrer assez généreux en matière d’instruction, cette gratuité, déjà largement appliquée, tend à s’étendre tous les jours davantage.

Les argumens tirés de l’analogie des devoirs de l’état vis-à-vis de l’enseignement et vis-à-vis des cultes ou de la justice ne sont donc pas plus péremptoires que ceux qu’on prétend tirer de ce principe, que c’est à l’état plus qu’à la famille qu’incombe l’obligation de donner l’instruction aux enfans. Aussi les partisans de la gratuité absolue abandonnent-ils bien vite la discussion théorique, et se rabattent-ils sur les difficultés d’application de la gratuité relative. Celle-ci, disent-ils, est insuffisante, antidémocratique et contraire à la large diffusion de l’enseignement. La gratuité absolue, ajoutent-ils, peut seule porter remède aux regrettables lacunes qu’on signale dans l’instruction populaire en ouvrant toutes grandes les portes de l’école. Si tels devaient être les effets de l’établissement de l’instruction gratuite, nous serions les premiers à désirer qu’on fît fléchir la rigueur des principes, et on pourrait demander à la libéralité de l’état ce qu’on ne peut réclamer de lui comme l’accomplissement d’un devoir. Loin de là, c’est dans le domaine de la pratique que l’on rencontre les plus fortes objections contre le système dont on attend de si brillans résultats : l’expérience le condamne comme nuisible à la fréquentation des écoles.

Il importe d’abord de défendre le système actuel du reproche d’insuffisance. Les chiffres de la dernière statistique de l’enseignement primaire sont assez éloquens pour se passer de tout commentaire. D’après la statistique du 1er janvier 1866, en laissant de côté les écoles libres, où la gratuité existait pour 243,158 élèves sur 958,928, en ne nous occupant que des écoles publiques, nous voyons que celles-ci étaient fréquentées par 3,477,542 élèves, sur lesquels 1,366,959 étaient admis gratuitement. C’est une