Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/886

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diversion puissante qui aidât son alliée l’Autriche dans sa résistance à l’invasion française. La sourde fermentation qui régnait en Allemagne, le mécontentement qui grandissait en Hollande, l’opposition désormais déclarée du clergé catholique flamand, lui avaient inspiré l’espoir qu’un débarquement opéré au point de jonction de la Hollande et de la Belgique déterminerait un soulèvement des populations qu’il serait fort difficile de comprimer, car le nord de l’empire était très dégarni de troupes. Dès le mois de mars, l’empereur avait eu vent qu’une expédition de ce genre se préparait en Angleterre, et en avait averti son frère. Cependant le temps s’était écoulé, l’été était venu, on ne pouvait croire que les Anglais choisiraient de toutes les saisons la plus mauvaise pour attaquer les Pays-Bas ; enfin la bataille de Wagram venait d’être gagnée par les Français dans les premiers jours de juillet, et l’Autriche, incapable de continuer la guerre, avait obtenu un armistice qui fut immédiatement suivi de négociations en vue de la paix. L’entreprise anglaise, si l’on avait pensé à la réaliser, semblait donc trop tardive, et l’on croyait que l’armée en formation était destinée à être transportée en Portugal ou en Espagne. La sécurité de Louis était si grande qu’il venait de se rendre à Aix-la-Chapelle auprès de sa mère, qui y faisait un séjour. C’est le 1er août qu’il reçut la nouvelle inopinée du débarquement. Il rentra en Hollande en toute hâte, et on ne peut lui reprocher de n’avoir pas fait tout ce qui dépendait de lui pour parer au danger très sérieux dont son royaume et l’empire de son frère étaient également menacés. Heureusement le vieil esprit d’inimitié contre l’Angleterre n’était pas encore éteint, les populations n’avaient aucune confiance dans les proclamations des généraux anglais, et il put, sans autre difficulté que celle de l’exiguïté de ses ressources, parer au plus pressé ; Mettant à profit l’inexplicable lenteur des Anglais, il se porta sur le Brabant avec sa garde et tout ce qu’il put réunir de troupes, donna des ordres pour que tout le littoral de la Mer du Nord fût mis à l’abri d’un débarquement, fit passer sa flottille de la Meuse sur l’Escaut oriental à l’endroit où, entre la petite place de Bath et Berg-op-Zoom, il se détache de la branche occidentale, dont les Anglais s’étaient emparés, fit mettre cette dernière ville et Breda en état de défense, et contribua par d’habiles mouvemens de troupes à ralentir encore les manœuvres de l’ennemi, qui n’osait déjà plus s’éloigner de Walcheren pour se rapprocher d’Anvers, de peur d’être coupé de sa base d’opérations. La prise de Bath, que le général hollandais Bruce occupait avec un petit nombre d’hommes peu aguerris et qu’il ne put ou ne sut défendre, ne fit point trop de tort à cet ensemble de mesures bien conçues. Pendant ce temps, les troupes hollandaises, qui s’étaient si bien battues à Stralsund, fortes