Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 89.djvu/110

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contrebande de guerre. M. Lincoln avait déjà envoyé des agens en Angleterre pour y acheter des fusils, M. Davis en ferait sans doute autant : quelle conduite devaient tenir les négocians anglais en pareille circonstance ? Ils ne tardèrent pas à être fixés. Le 6 mai, après consultation des avocats de la couronne, une proclamation de la reine apprit au peuple anglais que les états révoltés seraient traités par la Grande-Bretagne en belligérans dans la guerre qui venait d’éclater. Le 13 mai, le gouvernement britannique se déclarait neutre : dès le 1er juin, un ordre royal interdit aux bâtimens de guerre et aux corsaires des deux partis belligérans d’entrer avec des prises dans les ports du royaume-uni ou de ses colonies. Cette dernière mesure était particulièrement nuisible aux intérêts des confédérés, puisque, leurs propres ports étant bloqués, ils ne savaient plus que faire de leurs prises. Ne pouvant plus vendre les navires saisis en pleine mer, ils étaient forcés de les brûler, et ils perdaient par conséquent le fruit de leurs captures. Il y avait de quoi décourager les corsaires. Il advint en effet que la course ne fut guère faite que par des bâtimens de guerre de la marine confédérée, et les équipages de ces navires n’étaient pas animés par l’appât du lucre, qui est, quoi qu’on dise, le principal aiguillon dans une campagne de ce genre.

Il convient encore d’observer que l’Angleterre se montrait par là plus favorable aux fédéraux que ne l’exigeait strictement la loi internationale. Un gouvernement neutre peut en effet décider qu’il admettra les corsaires dans ses ports, et qu’il leur laissera la liberté de vendre leurs prises. La seule obligation à laquelle la neutralité l’oblige est d’accorder les mêmes droits aux deux belligérans. La décision prise par le cabinet anglais était plus humaine, puisqu’elle tendait à diminuer les maux de la guerre. Le gouvernement français, par une déclaration officielle du 10 juin, adopta la même règle de conduite.

Le gouvernement fédéral était alors représenté à Londres par M. Adams, qui venait d’arriver en Angleterre avec le titre d’envoyé et ministre plénipotentiaire. Ce diplomate n’eut rien de plus pressé, après avoir présenté ses lettres de créance, que d’exprimer à lord Russell, chef du foreign-office, l’impression fâcheuse que la conduite du cabinet britannique causait parmi les partisans de l’Union. Attribuer aux rebelles dès le début des hostilités la qualité de belligérans, c’était leur donner la seule marque de sympathie que la situation comportait. Les ministres de la reine auraient voulu encourager les insurgés, rendre la scission irrémédiable, qu’ils n’auraient pas agi autrement. Ne convenait-il pas au moins d’attendre que les confédérés eussent fait preuve de vitalité ? Ils s’étaient déjà