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II. — Lamartine et la république de 1848 [1]

La révolution du 24 février 1848 a passé pour une surprise née d’un malentendu croissant d’opinion, d’une défaillance de gouvernement et de la complicité d’un poète popularisé par l’éloquence, transformé en tribun d’une insurrection triomphante. Les surprises de l’histoire ne sont souvent que le nom d’emprunt ou le déguisement d’une certaine logique mystérieuse des choses. La vérité est que depuis longtemps en France la logique des idées, des situations, mène à la république sans que la nation elle-même soit encore très républicaine de mœurs ou de traditions, et c’est de là que viennent ces conflits, ces oscillations, ces réactions, ces mouvemens obscurs d’un pays habitué à se montrer tour à tour bien plus et bien moins révolutionnaire qu’il ne le croit, d’un pays où tout est logique, même ce qui a une apparence de contradiction et de hasard.

Quel était l’état moral de la France à la veille de cette surprise de février où l’auteur des Girondins allait jouer le rôle de l’homme qui déchaîne les tempêtes ? Extérieurement, politiquement, rien sans doute ne semblait conduire à une révolution prochaine. La monarchie de 1830 avait traversé les grandes crises, sa phase

  1. Voyez la Revue du 1er août et du 15 octobre.