Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 80.djvu/801

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La nouvelle se répandit donc avec la rapidité de l’éclair. Les dames reviennent ! Ce fut le cri arraché de toutes les poitrines par le sentiment de l’honneur, de la décence et de la religion également outragées. La stupeur fut assez générale pour troubler même la docile complaisance des gens de cour, en même temps qu’autour d’eux se révoltait la droiture du bons sens populaire. « Les dames reviennent, je ne sais où j’en suis, » écrivait, dans une lettre que j’ai sous les yeux, l’évêque de Mirepoix, Boyer, le distributeur officieux de la feuille des bénéfices. — « Puisqu’il reprend sa catin, disaient les dames de la halle, nous ne dirons plus un Pater pour lui ! »

Des écrivains superficiels, moitié libertins, moitié philosophes, ont pu sourire de cette émotion ressentie partout pour un caprice royal. Mais, si le maintien de la loi morale est le plus sacré des dépôts que la Providence ait confié à la garde des pouvoirs publics, c’était le peuple qui avait raison, et son instinct ne le trompait pas. C’était un jour fatal pour la royauté française que celui où elle donnait elle-même, au moindre de ses sujets, le droit de remplacer dans son cœur l’amour par le mépris. Jamais l’anathème porté par l’évangile contre ceux par qui le scandale arrive ne parut plus justement atteindre un établissement humain.

L’avertissement de la justice divine ne sembla, du reste, pas se faire attendre. Dans les fragmens de lettres de Mme de Châteauroux que j’ai citées, j’ai souligné cette phrase vraiment prophétique : Le roi se porte à ravir, et moi aussi ; il n’y a qu’à souhaiter que cela dure, car, pour le reste, je n’en doute pas. Cela ne dura pas même un jour. Dans la nuit qui suivit son entrevue avec Maurepas, la duchesse éprouva un redoublement de l’accès de fièvre qui la tenait alitée. Elle se leva pourtant et reçut quelques visites de compliment ; mais le lendemain le mal s’aggrava, compliqué de violentes douleurs de tête, et prit rapidement des caractères assez analogues à ceux dont le roi avait souffert à Metz. Trois saignées consécutives, pratiquées suivant la mode médicale du temps, n’amenèrent qu’un soulagement momentané ; et, avant la fin de la semaine, on apprit que, sans même avoir passé publiquement le seuil de Versailles pour y recevoir les hommages qui l’attendaient, la femme orgueilleuse, dont le nom était dans toutes les bouches, gisait sur un lit de souffrance, en proie à des convulsions violentes et voyant s’avancer la mort à grands pas.

On peut juger de l’impression causée par cette nouvelle et sinistre péripétie, qui ne laissait pas à l’émotion publique même le temps de respirer. — « La circonstance de la maladie dangereuse, dit Luynes, a donné lieu à de nouvelles réflexions ; il n’y a personne