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ruffian, » disait-il plus tard à Cranmer. Un ruffian ! Et dans cette Italie du XVIe siècle, la terre des vices sans nom et des violences sans frein ! On frémit à ce mot qui vaut une confession. Par échappées, on revoit Thomas Cromwell mendiant à la porte d’un banquier florentin qui le recueille et l’emploie, agent d’affaires à Anvers, marchand de laines à Middleborough, enfin membre du parlement et domestique de Wolsey. Cet homme est le vrai père du protestantisme anglais. Lorsque son maitre tombe, il le défend avec énergie dans le parlement, non par générosité, comme M. Froude a la bonté de le croire, mais parce que, impliqué dans tous les secrets du cardinal, en plaidant pour lui, il sauve sa propre tête. On trouve beaucoup d’hommes capables de cette générosité-là. Quoi qu’il en soit, il prend lestement la place, sinon le titre, de son patron, et inaugure une politique toute contraire.

Il fallait briser la résistance des évêques qui se dessinait déjà. Entrons avec M. Froude dans ce parlement ecclésiastique, longtemps plus puissant que l’autre, et qui se nomme la Convocation. Prélats séculiers et réguliers y siègent dans un commun désarroi, sous la présidence de l’archevêque de Canterbury, le vieux Warham, Henry VIII veut être reconnu chef suprême de l’église. Les évêques demandent à voir le roi et ne sont point reçus. Ils implorent des délais, d’abord trois jours, puis un seul : ce délai est refusé, et les juges viennent, au nom du roi, jusque dans leur salle des délibérations, menacer les évêques de la confiscation et de la prison. « Ils hésitèrent encore pendant une nuit entière. Le lendemain, l’archevêque soumit à la chambre haute la clause fatale, à laquelle il avait ajouté une restriction : « Nous, les églises et le clergé d’Angleterre, reconnaissons le roi pour notre seul protecteur, notre maître unique, et autant que la loi du Christ le permet (quantum per Christi legem licet), pour le chef suprême de ladite église. » Ces mots, lus tout haut par l’archevêque, furent reçus en silence. « Acceptez-vous ? » dit Warham. — L’assemblée resta muette. « Quiconque se tait, reprit le président, semble consentir. » — Alors une voix, partie de la foule, répondit : « En ce cas, nous nous taisons tous ! »

Telle fut cette séance mémorable. On cite des résolutions fameuses votées au scrutin secret à la majorité d’une voix, d’autres à la tribune et par l’appel nominal, d’autres par acclamation. Celle-ci est sans doute le seul exemple d’un grand changement politique et religieux voté à l’unanimité du silence. De ce jour date l’anomalie monstrueuse dont quelques vestiges subsistent, et qui, à un moment de l’histoire, a pu donner pour tête à cette église bizarre une vieille femme athée ou hétérodoxe. « Tout ce que je veux est canon, » disait l’empereur Constance. Henry VIII agit comme parlait Constance. Il compose un credo en six articles, le retouche,